03 novembre 2017

Paul Antoine Julian (1896-1918).

Paul_Julian

Si la biographie de Paul Julian devait être nourrie avec les renseignements fournis par sa fiche signalétique et des services, elle ne se résumerait à pratiquement rien et elle ne figurerait pas dans ce blog.

Sa fiche ne porte même pas la mention de son affectation pendant plusieurs années au 149e R.I. ! Heureusement, la famille a conservé précieusement, de génération en génération, les courriers de cet homme, inestimables documents, pour à la fois conserver son souvenir et reconstruire l'histoire de son parcours.

Que ce texte soit un moyen de faire découvrir ce soldat du 149e R.I. et de participer à la conservation de sa mémoire.

Paul Antoine Julian voit le jour le 23 janvier 1896 dans la maison parentale. Quatrième d’une fratrie de 8 enfants, il est né dans la commune de Valréas, ville de l’enclave des papes, situé dans le département du Vaucluse. Une de ses sœurs aînées est décédée dans des conditions dramatiques. À l’âge d’un an, elle s’est noyée dans une cave après avoir fait une chute en passant par le soupirail.

Une seconde sœur de Paul, Louise, a été victime d’un grave accident, dans la petite enfance. Elle est tombée dans le feu de cheminée. Grièvement brûlée au visage,  elle est restée aveugle et défigurée. Paul l’avait pris sous sa protection. Elle portera toute sa vie un médaillon avec le portrait de son frère.

À la naissance de Paul, sa mère, Pauline Thérèse Fabre, est âgée de 31 ans. Antoine, son père, en a 35. Tout le monde dans le village l’appelle « Toinet ». D’ailleurs, tous les fils d’Antoine et de Pauline porteront le surnom de « Toinet » à l’âge adulte, ceci pour les différencier des autres Julian.

Le père travaille comme cultivateur sur la déclaration, mais derrière le vocable administratif se cache une autre activité professionnelle, liée à l’agriculture. Il était également distillateur de lavande et bouilleur de cru.

Genealogie_Paul_Julian

Paul fréquente l’école communale du village jusqu’à l’obtention de son certificat d’étude primaire le 25 juillet 1909.

En 1914, il travaille chez le tailleur Rey à Valréas.

Le 1er août 1914, le gouvernement français déclare la mobilisation générale. Toutes les jeunes classes de réservistes se préparent à rejoindre leurs dépôts d’affectation. Paul Julian n’est pas directement concerné par tous ces évènements, puisqu’il fait partie de la classe 1916. Mais il ne souhaite vraiment pas attendre l’appel de sa classe qui sera avancée au mois avril 1915. Le jeune homme se rend à la mairie de sa ville natale dès le 29 août 1914, où il signe un engagement volontaire pour la durée de la guerre.

Affecté au 52e R.I., Paul Julian rejoint la caserne Saint-Martin, dépôt du régiment de Montélimar, le 14 septembre 1914, pour être formé au métier de soldat.

Il intègre la 27e compagnie du régiment. Des marches régulières allant de 15 à 30 kilomètres l’attendent. L’exercice est pénible. Paul est déclaré meilleur tireur de sa compagnie. Il se rend ensuite au camp de Chambaran pour participer à des manœuvres avec d’autres régiments.

À la fin du mois d’octobre, il participe à de nouvelles manœuvres près de La Bâtie-Rolland où sa compagnie cantonne.

En tant qu’engagé volontaire, il accède très rapidement à la formation de caporal puisqu’il est nommé à ce grade vers le 13 novembre. C’est à partir de cette période qu’il devient mobilisable.

Un groupe de 100 hommes quitte le dépôt le 22 novembre 1914. Le caporal Julian ne fait pas partie du nombre. Il vient de recevoir l’ordre de rester à la 27e compagnie pour instruire 300 réservistes réformés qui viennent d’arriver. Certains ont 42 ans.

Quelques jours plus tard, Paul cantonne à Dieulefit. Toujours rattaché à la 27e compagnie, il en commande la 14e escouade.

Le 22 janvier 1915, il a sous sa responsabilité les hommes d’une des deux escouades de la 9e section.

Paul JULIAN 52e R

Paul, à droite sur le cliché, se fait photographier avec quelques-uns de ses camarades, quelque temps avant de quitter le dépôt du 52e R.I.. Il envoie à sa sœur Rose cette photo carte non datée.

« Chère sœur,

Avant de partir pour le front, j’ai voulu t’envoyer ma photo, j’ai pensé qu’elle te ferait plaisir. Je t’embrasse bien fort, Paul. »

Le 17 février 1915, le caporal Julian est dans la zone des armées. Il a quitté le dépôt du 52e R.I. les jours précédents. À cette date, il cantonne au  village de Camblais-Chatelain, une petite commune du Pas-de-Calais.

Une lettre adressée à sa famille, datant du 27 février, nous fait savoir qu’il a donné, pour que son courrier lui parvienne, l’adresse du secteur postal du 17e R.I où il a intégré la 13e compagnie du régiment.

Il s'agit probablement d'une affectation au 9e bataillon. Le 17e R.I., comme tous les autres, n'a que 3 bataillons qui sont répartis en 12 compagnies. Le 14 mars il est envoyé en renfort au 149e R.I. pour rejoindre les effectifs de la 8e compagnie.

Ce régiment combat dans le secteur d’Aix-Noulette, en Artois, depuis le mois de janvier.

Le 15 avril, le 149e R.I. est au repos du côté de Barafle. Paul confie à la famille que le régiment va bientôt retourner aux tranchées. Le 20 avril, il leur donne des consignes qui trahissent sa première montée en ligne le jour même.

Paul_Julian_149e_R

Cette photographie est envoyée à la famille le 30 avril 1915. La diversité des uniformes et le port par quelques hommes du « plat à tarte », officiellement porté par toutes les troupes quelques semaines seulement, sont typiques de cette époque. On voit des effets de début de guerre mélangé à des capotes modèle 1877 de couleur bleu horizon et d'autres Poiret du 1er type.

Ce cliché a peut-être été réalisé par Albert Breuvart, photographe à Sains-en-Goyelle, très peu de temps après l’arrivée du caporal Julian au 149e R.I.. Ce mélange des tenues pourrait expliquer que certains de ces soldats aient ajouté « 149 » à la craie sur leurs effets qui sont encore dépourvus des marquages réglementaires.

Une autre possibilité est à envisager, ces hommes auraient tout aussi bien pu être photographiés au cours d’une période de repos de quatre jours en 3e ligne, du côté d’Aix-Noulette. Cette ligne était qualifiée de position de soutien. La présence d’un bataillon du 149e R.I. à cet endroit indique qu’il vient de passer une période de quarante-huit heures en 1ère ligne, puis une seconde en 2e ligne.

Un petit texte rédigé à l’attention d’une de ses sœurs aînées accompagne ce cliché.

« Chère Rose,

Comme je te l’avais promis, je t’écris encore aujourd’hui et je t’envoie ma photo et celles de mes camarades. La photo n’est pas de grande valeur, mais elle nous ressemble beaucoup. J’ai pensé que cela te ferait plaisir. Nous partons encore ce soir pour les tranchées. En attendant de tes nouvelles, je t’embrasse bien fraternellement. Paul »

En mai 1915, Paul participe, avec sa compagnie, commandée par Martin Jeské, un Letton combattant pour l’armée française, à plusieurs attaques très coûteuses en vies humaines du côté du Fond-de-Buval, près de Notre-Dame-de-Lorette. Les conditions de vie du moment expliquent peut-être ce qui lui arriva peu après.

C’est en juin 1915 que le jeune homme est touché par des problèmes de santé. À cette époque, malgré la vaccination, il contracte la fièvre typhoïde.

S’en suit un parcours de soins dans divers hôpitaux de l’arrière.

Du 4 au 20 juin, Paul est évacué à Auchel, un petit village du Pas-de-Calais, pour être soigné à l’hôpital Mines de Marles.

Il est ensuite pris en charge par les médecins de l’hôpital annexe de Vayson, à Abbeville, dans la Somme, entre le 22 juin et le 15 juillet. Pour finir, le caporal Julian est envoyé au dépôt de convalescence n° 88 à Querqueville, une ville qui se trouve  à 2 kilomètres de Cherbourg, où il reste plusieurs semaines.

Le 2 août 1915, il quitte l’hôpital pour retrouver sa famille durant une poignée de journées.

Une fois guéri, il passe d'abord par le dépôt  du 149e R.I., où il intègre une compagnie de convalescents, car il n'est pas encore considéré comme étant apte à retourner au front.

Grâce à sa correspondance, on voit quel fut son parcours :

D'abord mis dans la 28e compagnie, une unité réservée aux inaptes, Paul Julian rejoint rapidement la 27e compagnie du dépôt où sont regroupés les hommes qui peuvent faire campagne. Toutefois, il ne va pas sur le front.

Avec plusieurs caporaux de la classe 14, il devient instructeur des jeunes recrues de la classe 17. Il n'a que 21 ans, mais sa connaissance du front pendant plusieurs mois, dans un de ces secteurs les plus difficiles, a certainement contribué en sa faveur pour que ses chefs fassent ce choix. Étonné de voir que des jeunes recrues sans expérience obtiennent le grade de sergent, il est tenté de rendre ses galons

Il est affecté à la 25e compagnie du dépôt d’Épinal qui accueille les classes 1917.

Fin mars 1916, Paul apprend qu’il va bientôt rejoindre le front. Le 149e R.I. a été sérieusement malmené dans le secteur de Verdun. Le 28 mars, il quitte Épinal, certainement pour aller au dépôt divisionnaire.

Le 18 avril, il est dans le train pour retrouver le 149e R.I. qui est au repos à Sommes-Vesles et à Poix.

Une fois sur place, il est affecté à la 2e compagnie du régiment. Cette compagnie a été sérieusement touchée durant l’attaque du 3 avril. L’offensive devait permettre la reprise du village de Vaux-Devant-Damloup, mais ce fût un véritable échec. Il faut maintenant reconstituer les effectifs.

Mai 1916, le 149e R.I. occupe des positions du côté de Mesnil-les-Hurlus et des buttes de Tahure. Paul Julian parle d’un secteur plutôt tranquille dans les lettres qu’il adresse aux siens.

Le 10 juin 1916, le jeune homme est à Troyes. C’est le chemin du retour au régiment après avoir passé quelques jours de permission à Valréas.

Durant une période de trois mois, le 149e R.I. alterne des périodes de premières lignes et de repos sans subir ou lancer de grosses attaques.

Il n’y a seulement qu’un évènement marquant durant ce trimestre. Un coup de main a  lieu le 9 juillet. Il est effectué par une section de grenadiers de la 3e compagnie et par deux sections de la 10e compagnie.

C’est ensuite une période d'entraînement dans la région de Châlons-sur-Marne qui attend Paul et ses camarades de régiment. Après avoir fait un bref séjour au camp de Crèvecœur, les hommes du 149e R.I. se retrouvent engagés dans la bataille de la Somme près de Soyécourt.

La 2e compagnie du 149e R.I., celle du caporal Julian, est en réserve de brigade avec le reste du 2e bataillon. Elle ne participe pas directement aux combats.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette période, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Le_chemin_creux_de_Soy_court

Après les évènements de Soyécourt, le caporal Julian quitte temporairement sa compagnie pour être affecté à la 4e compagnie du dépôt divisionnaire, non loin du front. Il n’y a aucune explication à cette situation : est-ce à la suite d’une maladie n'ayant pas conduit à son départ de la zone des armées ? A-t-il été nommé formateur ? Autres raisons ?

Impossible de savoir ce qui s’est passé avec les éléments connus de sa vie. Fin octobre 1916, le caporal Julian est de nouveau à la 2e compagnie du 149e R.I. relayant des périodes de repos et d’occupation de tranchées dans le secteur de la sucrerie d’Ablaincourt.

Ce n’est qu’à la fin du mois de novembre que le 149e R.I. quitte le secteur de la Somme.

Le régiment est ensuite mis au repos et à l’instruction intensive au camp de Villersexel. Il prend également possession de tranchées de 2e ligne dans le secteur Seppois-Largitzen.

Le caporal Julian quitte la Haute-Alsace en avril 1917 pour se rendre dans la région de Montmirail.

En mai, le 149e R.I. occupe un secteur au chemin des Dames, à l’ouest du fort de la Malmaison.

En juillet 1917, il bénéficie d’une permission qui lui permet de revenir au pays quelques jours.

Juste après son retour, Paul entame un stage de grenadier qui se termine le 23 août 1917. Pendant cette période de formation, l'explosion d'une grenade manque de le tuer. À ce moment, il espère obtenir une permission fin octobre. Les circonstances vont faire que la fin de ce mois ne fut pas ce qu’il espérait.

En septembre, il participe à des exercices avec les « tanks ».

Le 23 octobre 1917, le jeune homme participe à la bataille de la Malmaison. Sa compagnie, sous les ordres du capitaine Robinet, est aux premières  loges ; elle fait partie de la première vague d’assaut.

À cette occasion, il reçoit sa première citation. Elle dresse de Paul un portrait élogieux : courage exemplaire, calme remarquable, volontaire pour des missions dangereuses.

Le 11 février 1918, Paul Julian commence un stage de mitrailleur qui durera 45 jours au C.I.D. de la 43e D.I.. Durant cette période, il est en subsistance à la 12e  compagnie du 158e R.I.. La division se trouve dans un secteur calme dans le département des Vosges.

Le caporal Julian n’a pas été muté dans une compagnie de mitrailleuses après avoir fait son stage. Les quelques éléments qui figurent sur son acte de décès ne vont pas dans ce sens. Son affectation aurait pu arriver plus tard. Il fait un stage puis retourne à son unité. Si une place de caporal dans une compagnie de mitrailleuse s’était libérée, il aurait pu changer de poste.

La première offensive allemande du 21 mars 1918 oblige le commandement français à puiser des troupes sur les fronts « passifs » pour se constituer des réserves. La 43e D.I. fait partie de ces unités. Elle est retirée du secteur vosgien pour rejoindre le département de l’Oise, prête à être engagée à tout moment.

Arcy_Sainte_Restitue

Le 27 mai 1918, Paul monte dans un des camions qui s’acheminent vers Braine, une commune qui se situe dans le département de l’Aisne. Les Allemands sont en train de renouveler leur opération du 21 mars 1918.  Ils viennent de lancer une attaque d’envergure sur le chemin des Dames. Les anciens du 149e R.I. reviennent dans un secteur qu’ils connaissent bien puisqu’ils l’ont occupé durant l’été 1917. Les véhicules déposent les hommes du régiment du lieutenant-colonel Vivier à Arcy-Sainte-Restitue. Aussitôt engagé dans la bataille, le 149e R.I., après une bonne résistance, finit par céder du terrain.

Le caporal Julian est noté comme disparu dès le 28 mai 1918.

La veille de sa disparition, il a eu le temps d’écrire cette lettre à ses parents : 

Derniere_lettre_ectite_par_Paul_Julian

« Chers parents, je suis fort étonné de ne pas recevoir de vos nouvelles, car depuis mon retour je vous ai déjà écrit. Nous quittons le cantonnement ce soir et nous embarquons en auto pour une destination inconnue. J'ai vu Autrand il y a trois jours. Il n'est pas encore allé en permission. En attendant de vos nouvelles, je vous embrasse de tout cœur. P. Julian »

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés durant cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Secteur_de_la_cote_140_pres_d_Arcy_Sainte_Restitue

Au début du mois d’août, la famille tente auprès de la Croix Rouge une recherche qui aurait pu lui permettre de savoir si le caporal Julian est détenu en Allemagne (la demande est réceptionnée le 13). Quelques jours plus tard, les parents de Paul obtiennent une réponse qui met fin à l’atroce attente, mais elle ne vient pas de la Croix-Rouge.

Le 17 août 1918, le chef de bureau de comptabilité du 149e R.I. adresse une lettre manuscrite au maire de Valréas.

« J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien, avec tous les ménagements nécessaires dans la circonstance, prévenir la famille Jullian, distillateur domicilié à Valréas, que le caporal Julian Paul Antoine n° matricule 13059 de la 2e compagnie, n° 1335 au recrutement d’Avignon, classe 1916, est signalé disparu le 28 mai 1918 à Arcy-Sainte-Restitue (Aisne).

Je vous serais très obligé de présenter à la famille les condoléances de Monsieur le Ministre de la guerre et de me faire connaître la date à laquelle votre mission aura été accomplie. N° 1115 dans l’accusé de réception. »

La réponse de la Croix rouge arrive le 18 septembre suivant, sans surprise. Aucune trace de présence de Paul dans un des camps de prisonniers en Allemagne.

Fiche_Croix_Rouge__Paul_Julian

Le décès de Paul Julian est officialisé le 6 janvier 1922 par le tribunal civil de 1ère instance d’Orange qui valide la date de sa mort au 28 mai 1918.

Le caporal Julian a obtenu la citation suivante :

Citation à l’ordre de la division n° 267  du 20 février 1918.

« Très bon caporal, d’un courage exemplaire et d’un calme remarquable.Toujours aux endroits les plus exposés. Pendant l’attaque du 23 octobre 1917, s’est offert, à plusieurs reprises, pour aller aux renseignements dans des circonstances extrêmement difficiles »

Paul Julian a été inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire à titre posthume publié dans le journal officiel du 4 janvier 1923.

« Caporal d’une bravoure réputée, tombé glorieusement, le 28 mai 1918 à Arcy-Sainte-Restitue »

Cette inscription lui donne également droit à une seconde étoile d’argent sur sa croix de guerre.

Le nom du caporal Julian figure parmi ceux qui sont inscrits sur le monument aux morts de la ville de Valréas. Il n’a pas de sépulture connue. Sa famille conserve toujours précieusement les souvenirs de cet homme qui ne s'est pas marié et n'a pas eu de descendance. Cette disparition fut un traumatisme considérable pour la famille, pendant des décennies. Le fait qu'il soit disparu, qu'aucune information n’ait pu permettre d'avoir des certitudes, fit longtemps espérer un retour.

Paul_Julian_hommage_de_la_nation

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

La fiche signalétique et des services de Paul Julian a été consultée sur internet.

Les photographies de Paul Julian qui peuvent se voir ici proviennent de la collection familiale.

Les informations concernant le parcours militaire et l’histoire de la famille du caporal Julian ont été fournies par F. Thomas.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Thomas et sa famille, A. Carrobi, à A. Vigne, aux archives départementales du Vaucluse et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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10 novembre 2017

Exécution de l’attaque de la Malmaison… 1er objectif.

Albert_Marquand_groupe_149e_R

Vingt-trois octobre 1917, le jour n’est pas encore levé… 4 h 00, tous les hommes de la 43e D.I. qui vont participer à l’attaque sont en place. Les trois compagnies du 1er bataillon du 149e R.I., sous les ordres du commandant de Chomereau de Saint-André, s’apprêtent à sortir des tranchées, suivis de près par le 3e bataillon du régiment.

Emplacement des troupes

Les dernières reconnaissances viennent tout juste de se terminer.

Les chars de l’A.S. 8, rattachés à la 43e D.I., ont commencés leurs mouvements. Certaines batteries vont se retrouver très vite en difficultés.

Les éléments du génie, deux compagnies du génie de la 167e D.I. et 5 sections de la 43e D.I., quittent leurs abris du Vervins, de Volvreux et de Vauxelles pour se porter en direction de la première ligne. Elles ont pour rôle de rétablir les communications aussitôt après le départ de l’offensive.

L’ennemi, qui semble avoir prévu l’évènement, déclenche un violent tir de contre-préparation, peu après 4 h 00. Ce tir cause des pertes, notamment au 149e R.I. et au 31e B.C.P..

Conquête du 1er objectif

L’attaque commence à 5 h 15. L’obscurité est totale, la marche et l’orientation sur un terrain complètement bouleversé par les tirs d’artillerie sont particulièrement pénibles. Néanmoins, la progression entamée avec une extrême vigueur, s’effectue aussi rapidement que le permette le barrage sur lequel l’infanterie serre à bloc.

Le barrage allemand se déclenche assez tard et n’atteint que les bataillons de soutien. Il ne cause des pertes sérieuses qu’au 149e R.I..

À la droite de la division :

Le 31e B.C.P. parvient sans grandes difficultés au Hérisson et à la ferme de la Malmaison, qu’il nettoie et dépasse. Il encercle, dans la carrière de la Malmaison, un bataillon allemand, qui se défend obstinément, et dont la résistance se prolonge, appuyée par l’action des mitrailleuses placées sur les pentes est et ouest du ravin de Chavignon et aux environs de la carrière Montparnasse.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_31e_B

Le 1er B.C.P. a suivi le mouvement et arrive à 5 h 45 au chemin des Dames.

Au centre de la Division :

Le 2e bataillon du 158e R.I., après avoir traversé le bois et la tranchée de Rumpler, est retardé dans sa progression, par des mitrailleuses échelonnées le long du boyau du Lévrier. Il les attaque et les enlève successivement. Il atteint l’objectif intermédiaire, le talus de La Bascule, à 6 h 10, ayant subi seulement un retard d’une quinzaine de minutes.

Le bataillon de soutien à suivi, traversant le barrage, il atteint, vers 6 h 20, la tranchée du Hérisson où il s’installe.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_158e_R

À la gauche de la division :

Par vagues successives, le 1er bataillon du 149e R.I. traverse rapidement le Blocus, les Lassitudes, le Carlin et les Épreuves. La 1ère vague est à 150 m du barrage roulant. Les hommes avancent à la vitesse de 100 mètres en 2 minutes durant les 200 premiers mètres puis à la vitesse de 100 mètres en 3 minutes pour les suivants.

Une compagnie de nettoyeurs fournie par le 2e bataillon du régiment accompagne le bataillon de tête.

En arrivant sur la crête, les soldats subissent le feu de mitrailleuses placées dans la partie ouest du Hérisson, le long de la route de Maubeuge et dans les trous d’obus de l’avant.

1er_objectif_secteur_d_attaque_du_149e_R

Après un dur combat, et malgré des pertes sensibles, le bataillon du commandant de Chomereau de Saint-André, appuyé par le bataillon de soutien, réduit les résistances.

À 7 h 15, il traverse, sans arrêt, la route de Maubeuge qui est son objectif intermédiaire, et atteint le premier objectif, enlevant de nouvelles mitrailleuses, placées en 195.

Laissons maintenant la parole à Albert Marquand, sergent au 3e bataillon du 149e R.I. :

Le grand jour

« 23 octobre, 4 h 00. Dans la nuit opaque nous cheminons en file indienne, en route vers les emplacements de départ. La lueur des coups de canon éclaire vaguement nos pas. Un long sifflement… Un pan de mur s’écroule avec fracas devant la ferme Colombe. Au pas de course, la route est traversée et nos hommes, blottis contre le talus, allongent la ligne de leurs formes sombres et muettes. Au dernier moment, le boyau de la Ferme est reconnu intenable et nous restons là, aplatis, attendant anxieusement l’heure fatidique 5 H 15.

Un formidable coup de massue ébranle le sol et nous fait sursauter, tandis qu’une grêle de pierre s’abat sur nos casques en pluie métallique. Une légère fumée sort d’un trou creusé sur la route devant nous. Un blessé. Deux camarades le déséquipent et le voilà parti en rampant…

… Je ne connais pas de moments plus poignants que cette attente prolongée sous la mitraille, au milieu des éclats qui stridulent aux oreilles ; où chacun, replié sur soi-même doit maîtriser ses nerfs, le cœur prêt à se « décrocher »… Les minutes sont des siècles…

La ruée

Ma montre indique 5 H 10. De bouche en bouche un ordre suit : « Baïonnette au canon ! » Péniblement, les hommes se redressent à demi. Quelques cliquetis, et, accroupis au sommet du talus, nous sommes prêts à partir dans l’inconnu.

À ce moment, le roulement de tonnerre de nos canons s’accentue et semble s’exaspérer…

… La terre projetée en maints endroits, finement pulvérisée, gêne la respiration. L’air peuplé de sifflements, de mugissements, d’éclatement paraît vibrer sous l’effort d’un archet gigantesque. C’est l’enfer déchaîné…

Une ligne d’ombres mouvantes se détache du parapet à notre droite. C’est le moment. Tous debout ; sans un mot nous nous ébranlons vers la ligne noire de la petite crête que nous devons dépasser là-bas…

… J’avance dans la cohue silencieuse des hommes, semblable à une horde de barbares déchaînés. Plus de chefs, plus d’ordres ; c’est la ruée…

À ma droite, un homme s’abat lourdement, sans un cri, la face contre terre. Un autre ploie les genoux et s’affaisse en hurlant. On avance, on avance, la tête vide, le cœur pantelant. Dans la nuit pâlissante, on marche, on glisse, on bute aux monticules, on culbute dans les trous d’obus…

J’ai dépassé les éléments de mon bataillon et me voilà presque seul. Devant moi, une silhouette élancée agite les bras, fait quelques gestes… Je reconnais le commandant de Chomereau de Saint-André, en tête du 1er bataillon…

De sourdes détonations indiquent un court combat de grenades. Quelques cris déchirants, puis, plus rien. Des balles sifflent, et l’aube naissance, chassant les dernières ombres de la nuit, voit notre arrivée à la route de Maubeuge : point limite de notre premier objectif. »

Arrêt sur le 1er objectif :

Les bataillons de première ligne commencent à s’organiser sur leurs positions respectives dès leur arrivée sur le 1er objectif. Les bataillons de soutien se préparent à passer en 1ère ligne.

Carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

Legende_carte_1_journee_du_23_octobre_1917_1er_objectif

La première phase de l’attaque est pleinement réussie pour les bataillons des 158e et 149e R.I.. C’est un petit peu plus compliqué pour les chasseurs.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. du 170e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 707/15.

J.M.O. du 409e R.I... S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 768/13.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps,à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Les morceaux de carte du groupe des canevas de tir du secteur de Vailly qui sont utilisés ici sont datés du 26 août 1917.

Un grand merci à M. Bordes, à R. Mioque, à F. Barbe, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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17 novembre 2017

Eugène Alexandre Coffinet (1877-1915).

Eugene_Coffinet

L’horloge de l’église des Marêts sonne ses six coups du soir lorsqu’Eugène Alexandre Coffinet voit le jour dans la maison de son grand-père maternel. Sa mère, Rose Eugénie Ravion, lui donne naissance le 13 mai 1877.

Le lendemain, le père, Denis Alexandre, quitte le hameau la Maréchère pour se rendre à la mairie du village en compagnie du charretier Désiré Stanislas Jacob, et du scieur de long Pierre Désiré Rigault. Ces deux hommes signeront comme témoins au moment de l’enregistrement de l’acte d’état civil.

Denis Alexandre est âgé de 27 ans, il travaille comme manouvrier. Rose Eugénie exerce le métier de lingère, elle a 23 ans. Le couple vit à Courchamp, une commune située à quelque 6 kilomètres des Marêts.

Edgar Clément, le frère cadet d’Eugène, naît le 20 octobre 1888.

La fiche signalétique et des services d’Eugène Alexandre nous indique un degré d’instruction générale de niveau 3. Ce niveau permet de savoir qu’il sait lire, écrire et compter correctement. Eugène commence ensuite un apprentissage dans la maçonnerie avant de pouvoir prétendre gagner sa vie.

Numéro 2 de tirage du canton de Villiers-Saint-Georges, Eugène Alexandre est inscrit dans la 1ère partie de la liste. Il vient d’être déclaré bon pour le service par les médecins du conseil de révision et son petit numéro l’obligera à faire trois ans de sous les drapeaux.

L’année de ses 21 ans, il est dirigé comme appelé à l’activité, le 16 novembre 1898. Il doit rejoindre le 113e R.I. qui se trouve dans le Loir-et-Cher. Les casernes de ce régiment sont reparties entre Blois et Romorantin. Le 1er octobre 1900, il est nommé sapeur.

Envoyé dans la disponibilité en septembre 1901 avec l’obtention de son certificat de bonne conduite. Deux mois plus tard, il passe dans la réserve de l’armée active. Délivré des obligations militaires pendant trois ans, Eugène peut retourner à la vie civile en toute quiétude.

Du 19 septembre au 15 octobre 1904, il fait une première période d’exercice au 46e R.I. de Fontainebleau.

Le 6 avril 1907, il se marie à Saint-Loup-de-Naud, avec une jeune femme originaire du village, Juliette Poulain.

Mariage_Eugene_Coffinet

À peine marié, Eugène débute sa deuxième période d'exercices à partir du 19 août qui durera jusqu’au mois de septembre. Il a participé aux manœuvres d'automne cette année-là.

Les jeunes époux vont s’installer dans le village de Voulton. Leur premier enfant, Huguette, voit le jour en 1908.

Fin janvier 1910, le couple s’installe à Saint-Loup-de-Naud. Eugène est patron de son entreprise. Son fils, Gabriel, naît cette année-là.

Le 1er octobre 1911, il passe dans l’armée territoriale. Eugène a fêté ses 34 ans au mois de mai.

Il est maintenant rattaché au 34e R.I.T., où il effectuera une période d’exercice entre le 2 et le 10 mai 1913.

Marcel, le 3e enfant du couple, vient au monde en 1914.

Août 1914, le conflit contre l’Allemagne ne peut plus être évité. La France doit mobiliser ses réservistes. Comme des centaines de milliers d’hommes, Eugène Coffinet va devoir abandonner les effets civils pour de nouveau porter l’uniforme.

Le 4 août, il rejoint le dépôt du 46e R.I. pour intégrer le 34e R.I.T.. Le soldat Coffinet est incorporé à la 10e compagnie du régiment, une unité commandée par le capitaine Guilbert. Le régiment quitte le dépôt le 11 pour gagner Langres par voie de chemin de fer. Le régiment s’installe dans cette région.

Durant les mois d'août et de septembre, Eugène Coffinet reste à l'arrière où il s'occupe principalement de travaux de campagne agrémentés de périodes d’exercices militaires régulières.

Fin septembre 1914, un contingent de 600 soldats, apte à faire campagne, est prélevé sur les effectifs du 34e R.I.T. pour être envoyé aux dépôts du 149e R.I. et du 152e R.I.. Les volontaires et les plus jeunes classes sont désignés. Eugène Coffinet fait partie du groupe de 300 hommes qui doit rejoindre le dépôt du 149e R.I. à Rolampont. Une fois sur place, il est inscrit dans les effectifs de la 25e compagnie.

Pourquoi un prélèvement aussi important ? Il faut tout simplement combler les pertes du régiment qui a été sérieusement éprouvé durant les mois d’août et de septembre.

La classe 14, seulement mobilisée depuis le 1er septembre, n’est toujours pas prête à être envoyée sur le front. De plus, une loi du 5 août 1914 autorise l'envoi de soldats de n'importe quel âge vers les régiments d'active. C'est ainsi qu'un territorial comme Eugène peut se retrouver dans une unité d'active.

Après quelques semaines passées au dépôt, Eugène doit rejoindre le régiment qui combat en Belgique depuis le début du mois de novembre. Le 9, il descend à la gare de Furnes avec un renfort qui doit retrouver une partie du 149e R.I. bivouaquant à la Clytte.

Ce soldat a laissé un carnet de récit de la guerre racontant, au jour le jour, ce qu’il a vécu durant le conflit. Ce document est précieusement conservé par la famille.

Grâce à ses écrits, on sait à quel point son arrivée au 149e R.I. fut brutale pour lui. Versé le 10 novembre à la 12e compagnie, après une nuit au bivouac, il monte en ligne l'après-midi. Eugène subit dès le 11 de violentes attaques allemandes. La fin des combats s'ouvre sur une nuit qu'il qualifie lui-même de dure : « orage de grêle et de pluie ». Les jours suivants sont de la même lignée. Plusieurs camarades sont blessés à côté de lui, les combats sont d'une rare intensité dans ce secteur pendant son premier roulement qui s'achève dans la nuit du 16 au 17.

Même s'il n'en a pas été témoin et ne les relate qu'en janvier 1915, Eugène Coffinet mentionne des fraternisations avec les Bavarois le 25 décembre 1914.

Le 149e R.I. quitte la Belgique à la fin du mois de décembre 1914. Il regagne la France pour aller occuper un secteur d’Artois près d’Aix-Noulette. Le soldat Coffinet subit l’attaque allemande du 3 mars 1915, une journée tragique pour les hommes du lieutenant-colonel Gothié, avec des explosions de mines suivies de durs combats défensifs.

Toujours sur le front d’Artois, le soldat Coffinet est blessé le 31 mars 1915. Grièvement atteint, il décède des suites de ses blessures à l’ambulance du 21e C.A. installée à Saint-en-Goyelle. Enterré dans le cimetière communal du village, il est rayé du contrôle du régiment le 1er avril 1915. Son corps sera restitué à la famille dans les années 1920. Eugène Alexandre Coffinet repose actuellement dans le caveau familial.

Sepulture_Eugene_Coffinet

L’acte de décès de cet homme est transcrit le 22 mai 1915 dans sa commune de résidence.

Eugène Coffinet a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume le 7 juin 1921.

« Brave soldat, courageux et dévoué, mortellement blessé le 31 mars 1915 à Notre-Dame-de-Lorette en faisant brillamment son devoir. »

Cette citation lui donne également droit à la croix de guerre avec étoile de bronze.

Son nom est gravé sur le monument aux morts du village les Mârets, en dessous de celui de son frère Edgar, soldat au 46e R.I. décédé en avril 1916.

Sources :

J.M.O. du 34e R.I.T.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 781/13.

L’acte de naissance et la fiche signalétique et des services d’Eugène Alexandre Coffinet ont été consultés sur le site des archives départementales de la Seine-et-Marne.

Les portraits du couple Coffinet proviennent de la collection familiale.

Le site « Généanet » a également été consulté.

La lecture des extraits du  petit carnet de guerre rédigé par Eugène Coffinet qui se trouve sur le site d’Européana 14-18 a permis d’étoffer cette biographie.

Pour consulter les pages du carnet en ligne, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Europeana_1914_1918

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, à G. Coffinet et aux archives départementales de la Seine-et-Marne et de la Haute-Vienne.

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24 novembre 2017

Émile Alfred Luthringer (1886-1915).

Emile_Alfred_Luthringer

Émile Alfred Luthringer voit le jour le 22 novembre 1886 dans le petit appartement de ses parents situé au 4 de la place Saint-Denis, à Troyes.

Il est le fils d’Eugène Luthringer et de Marie Augustine Petitjean, un couple marié depuis le 23 août 1884. Le père travaille comme fileur dans une des nombreuses entreprises locales de textile. La mère, qui n’a pas d’employeur, se charge de l’éducation de l’enfant.

Nous ne saurons presque rien de la vie d’Émile Alfred Luthringer malgré les actes d’état civil retrouvés.

Le registre matricule, consultable sur le site des archives départementales des Vosges, et qui accueille la fiche signalétique et des services de cet homme,n’est pas plus généreux en données. En fait, cette fiche matricule n’est pas l’original, il s’agit d’une pièce reconstituée suite à la destruction des vrais documents, d’où son aspect laconique.

La rubrique « détail des services et des mutations diverses » reste page blanche. Seules les parties « état civil » et « décision du conseil de révision et motifs » sont dûment remplies. Nous n’aurons donc aucun détail sur le vécu militaire de cet homme. Nous apprenons simplement que son niveau d’instruction est de niveau 3 et qu’il exerce le métier d’ouvrier d’usine avant de revêtir l’uniforme.

Inscrit sous le numéro 315 du canton d’Épinal, Émile Alfred Luthringer est déclaré « bon pour le service » par les médecins du conseil de révision ; ceux-ci l’inscrivent d’office dans la 1ère partie de la liste de l’année de ses vingt et un ans.

La date de son arrivée dans un régiment est inconnue. Selon toute vraisemblance, il fut appelé avec sa classe avant de signer un engagement à l’issue de son service actif de jeune appelé.

En effet, Émile Alfred Luthringer a été photographié en tenue de sergent avec un groupe de sous-officiers de la 1ère compagnie du 149e R.I. quelque temps avant le début du conflit.

Photographie_groupe_sous_officiers_1er_compagnie_149e_R

Le 22 mars 1913, il épouse, à Épinal, Marie Louise Chenal, une Vosgienne âgée de 23 ans, originaire de Nompatelize.

Il participe probablement à l’ensemble des combats dans lesquels le 149e R.I. est engagé, jusqu’au moment où il trouve la mort au cours d’une attaque qui se déroule dans le secteur d’Aix-Noulette, le 29 janvier 1915.

Le sergent-major Auguste Maurice Sylvestre et le sergent Paul Obré, qui servent à la 1ère compagnie du 149e R.I., confirment le décès de l’adjudant Luthringer en tant que témoins directs.

L’acte de décès officiel de ce sous-officier est enregistré par le capitaine officier de l’état civil du régiment Paul Toussaint, le 24 juin 1915.

L’adjudant Luthringer est dans un premier temps enterré dans le cimetière communal du petit village de Sains-en-Gohelle. Dans les années 1920, le corps de cet homme a probablement été restitué à ses proches pour qu’il puisse être placé dans un caveau familial.

Émile Alfred Luthringer a été cité à l’ordre de l’armée à titre posthume. (Publication dans le J.O. du 8 mars 1915) :

« Mort glorieusement après avoir lutté avec une rare énergie, pour garder une position enlevée à l’ennemi. »

Le nom d’Eugène Alfred Luthringer a été inscrit sur le monument aux morts de la ville d’Épinal.

Monument_aux_morts_d_Epinal

Après plusieurs années de veuvage, son épouse, Marie Louise Chenal, se remarie le 21 février 1922 avec Victor Mathieu.

Sources :

La fiche signalétique et des services et l’acte de naissance d’Eugène Alfred Luthringer ont été consultés sur le site des archives départementales des Vosges.

La copie de l’acte de décès de ce sous-officier m’a été envoyée par la mairie d’Épinal.

Le nom de cet homme figure dans la liste des pertes du 149e R.I. à la date du 29 janvier 1915. La date qui est inscrite sur sa fiche individuelle figurant dans la base de données des « morts pour la France », consultable sur le site « mémoire des hommes », est donnée au 30 janvier 1915.

La photographie du monument aux morts d’Épinal a été réalisée par J.N. Deprez.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à J.N. Deprez, aux archives départementales des Vosges et à la mairie d’Épinal.

Posté par amphitrite33 à 08:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]