Bois Etoile

Dans son témoignage réalisé après-guerre, Paul Portier évoque son arrivée dans la Somme après avoir séjourné en Champagne, du côté de la butte de Tahure et de Mesnil.

En attendant d’être véritablement engagée dans les combats qui vont se dérouler dans le secteur de Soyécourt, sa compagnie de mitrailleuses prend position dans le bois Étoilé.

« Nous venons de quitter la Champagne, où nous avons eu la chance de passer quelque temps dans le calme.

Après un voyage comme beaucoup d’autres, sans confort et d’une lenteur désespérante, nous débarquons le 13 août à 9 h 00, à Crèvecœur-le-Grand dans l’Oise, pour prendre la route et nous rendre au Saulchoy où nous cantonnons.

Notre séjour ici ne paraît pas devoir durer très longtemps. Nous nous trouvons à l’arrière du front de la Somme ; il est certain que nous allons être bientôt engagés dans la bataille, dans un délai relativement court.

Le 18 août, en effet, nous quittons Le Saulchoy à 2 h 45 pour embarquer en automobiles à 7 h 30, à la sortie ouest de Francastel. Le débarquement s’effectue à 11 h 30 à Harbonnières, où nous restons une partie de la journée.

Le soir, déjà tard dans la nuit, nous relevons, dans les positions du bois Étoilé, les mitrailleurs du 233e R.I.. La relève est faite dans le calme. Le secteur est peu agité, bien qu’à sa gauche, sur Péronne, règne une vive activité des artilleries.

Carte du bois Etoile dessine par Paul Portier

Le 19, la journée est assez calme, mais toujours à notre gauche, l’artillerie demeure active.

Depuis notre arrivée ici, j’assure la liaison. C’est un dur métier, surtout dans un secteur dont nous ignorons encore tout.

Le 21, je descends chercher la relève du 166e R.I. à l’entrée du boyau Collet à Herville. L’artillerie allemande se réveille un peu et arrose nos boyaux de communication. Néanmoins, la relève s’effectue bien et nous descendons à Harbonnières où nous cantonnons la journée du 22.

Le 23 à 5 h 40, nous faisons mouvement sur Guillaucourt.

Dès notre arrivée, les Allemands envoient quelques obus dans les environs de la gare, sans d’ailleurs occasionner de pertes ni dégâts.

Le 24, à 16 h 00, nouveaux bombardements, sans plus de mal que la veille.

Le 26, à 16 h 00, nous nous mettons en route pour monter en ligne près du village de Soyécourt où nous devons relever, à la tranchée du Seigneur, la 3e C.M. du 149e R.I..

Nous passons par Harbonnières, Framerville, le ravin de Rainecourt, le ravin d’Herleville, le boyau C.6 et la tranchée des Abris. Nous parvenons à la tranchée du Seigneur, laquelle est située au nord du village de Soyécourt. Notre artillerie est très active et les Allemands ripostent assez vivement sur nos tranchées.

Carte 1 Paul Porte la Somme

La journée du 27 est relativement calme.

Le 28, de 6 h 00 à 10 h 00, notre artillerie effectue sur les positions adverses un tir assez violent dans tout le secteur. L’artillerie de tranchée s’en mêle aussi et bientôt la riposte arrive dans toute sa brutalité. Nos tranchées sont violemment prises à partie.

Le 29 août, la même activité continue. La 2e compagnie de mitrailleurs du lieutenant Auvert nous relève dans la nuit. Nous descendons cantonner dans les bivouacs, près d’Ignaucourt, où nous arrivons le 30 à 5 h 00. La relève est très pénible, il pleut… »

Sources :

Témoignage de Paul Portier, soldat du 149e R.I., inédit, collection personnelle.

J.M.O. du 3e B.C.P. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N. 816/3.

La carte qui indique les tranchées des Abris et du Seigneur est extraite du J.M.O. du 3e B.C.P..

Paul Portier figure au premier plan sur la photographie qui a été réalisée dans le secteur de la Somme. Ce cliché est non daté.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à la mairie de Vienne.