Paul_Portier_

Prière pour les morts de Verdun

Très marqué par son expérience à Verdun, le soldat Paul Portier de la 4e section de la 1ère compagnie de mitrailleuses du 149e R.I. compose la prière suivante :

« Dans cet enfer, il arrive cependant que tout se tait un instant, comme si la providence, prise de pitié pour les humains qui s’entre-déchirent, voulait leur laisser un moment de répit.

Depuis les quelques jours que nous vivons dans ce fort de Vaux, j’aspire à me libérer de cette vie souterraine pour aller respirer au-dehors, mais en plein jour, il ne faut guère y songer.

Un soir, profitant d’une accalmie, je suis monté par une brèche ouverte par les obus, sur le talus du fort. Les canons sont maintenant presque silencieux et la nuit étoilée est sereine ; mais pour combien de temps, hélas ?

Des fusées jaillissent tout le long du front, de ce front sanglant où tant d’hommes sont déjà tombés. Combien sont-ils qui dorment d’un sommeil que le sort ne leur assure même pas tranquille. Tout est bouleversé et ces hommes déchiquetés hier, les obus sans pitiéles martyriseront encore demain, tragique destin de ceux qui sont là pour mourir.

En pensée, j’évoque cette armée sanglante et mon âme désemparée est anéantie de douleur. Pour ces êtres, je veux lancer vers le cielune prière, la prière la plus naïve, celle qu’ils ont tous récitée,et à genoux, j'implore Dieu.

« Notre père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel… »

Ô seigneur, accueillez ces morts près de vous, ouvrez-leur votre ciel.

S’ils furent peut-être des incroyants, daignez les recevoir cependant dans vos bras. Penchez-vous sur leurs souffrances et leurs sacrifices.

Oui seigneur ! Oubliez s’ils vous ont méconnu, considérez la noblesse de leur mort et pardonnez leurs fautes.

Je vous offre pour eux mes souffrances passées comme celles qui vont venir. J’implore pour eux la clémence.

Pardonnez-leur s’ils ont succombé à la tentation. Donnez-leur la paix. »

Sources :

Témoignage inédit d’un soldat du 149e R.I. qui provient de ma collection personnelle.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi et à la mairie de Vienne, sans qui l’auteur de ce témoignage n’aurait pas pu être identifié.