10 mars 2017

Savonnières-devant-Bar (du 12 avril 1916 au 15 avril 1916).

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12 avril 1916

Les hommes, éreintés par les évènements des semaines précédentes, peuvent enfin prétendre à un repos bien mérité. Ils sont maintenant loin de la zone des combats.

Le caporal Albert Marquand, dans une de ses lettres adressées à sa famille, écrit ceci :

« Nous sommes bien arrivés au repos ainsi que je vous l’avais écrit, après avoir fait 8 km à pieds et 60 en auto. Nous sommes à Savonnières près de Bar-le-Duc.

Et on parle de nous reporter plus loin. Ici, c’est la vie et on trouve de tout… »

Les tensions, les angoisses, les peurs, la fatigue générale marquent encore profondément les visages des soldats. Très rapidement, des débordements liés à l'alcool apparaissent.

Plusieurs hommes du 149e R.I. subissent des sanctions disciplinaires au cours de cette période : parmi eux, les soldats Rachel Brocher et André Louis Boban de la 4e compagnie.

Ces deux hommes sont punis de 8 jours de prison par ordre du lieutenant Canon.

Le premier avec le motif suivant « A quitté le cantonnement le 13 après-midi, s’est rendu à Bar-le-Duc sans autorisation et n’est rentré que le lendemain à 8 h 00. »

Le second avec celui-ci :« A quitté le cantonnement après l’appel du soir et a été rencontré dans les rues en état d’ivresse à 21 h 00. »

Ces deux punitions seront changées en 15 jours de prison par le lieutenant-colonel Gothié,qui reprendra le commandement du 149e R.I. quelques jours plus tard.

Le musicien-brancardier Louis Cretin évoque cette situation dans son témoignage.

« Pendant les premiers jours de notre repos à Savonnières, les hommes étaient comme fous. Ce fut la noce après le carnage. Les officiers eurent de la peine à reprendre de l’autorité et à faire régner de nouveau la discipline ».

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Il ne faut donc pas laisser la troupe dans l’oisiveté !

Le général Antoine Baucheron de Boissoudy, responsable de la 43e D.I., rédige la note suivante :

« Au cours de la période de repos et de reconstitution qui commence actuellement, tous les efforts devront tendre à remettre les unités dans le bel état physique et moral que toutes possédaient au moment où nous avons quitté la région du nord.

Il y a là un effort sérieux à accomplir, qui ne peut-être obtenu que progressivement au fur et à mesure de l’arrivée de renforts, de l’arrivée ou de la nomination de nouveaux cadres.

Pour le moment, il s’agit surtout d’une sorte de détente à procurer à la troupe, après les journées passées dans le secteur de Vaux.

Cette détente ne doit pas consister à laisser les hommes dans l’inaction, dont les effets ne sauraient être que fâcheux. Il ne peut être question, d’autre part, de reprendre immédiatement les exercices. L’activité et l’ingéniosité de tous les officiers, en particulier les chefs de corps, devront être guidées par les directives suivantes : 

  1. Remettre de l’ordre dans les unités. Il faut les recompléter au point de vue matériel (habillement, équipement, vivres, mitrailleuses, spécialités, etc.)

  2. Faire prendre à tous les soins de propreté corporelle, négligés depuis plus d’un mois, faire couper les cheveux à la tondeuse.

  3. Faire laver le linge, les effets de toile, etc.

  4. Organiser des séances de jeux, des séances récréatives.

  5. Par les belles journées, organiser de petites marches, plutôt des promenades, sans sacs, au cours desquelles on s’arrête en des endroits ensoleillés pour permettre aux hommes de se reposer agréablement.

 Il importe, en outre, que les officiers, et surtout les commandants de compagnie, aient de fréquents entretiens, des causeries avec leurs hommes destinées à surexciter leur moral. Les journées de Verdun sont pleines d’enseignements et d’espoir. Il ne faut pas oublier que dans les durs combats que nous menons, l’énergie morale a encore plus d’importance que la force physique. Enfin, les ressources de la région doivent permettre une amélioration de l’alimentation que rendront plus facile les économies réalisées dans la région de Verdun. 

En résumé, il faut détendre les hommes, ne pas les laisser inactifs, les mettre dans les meilleures conditions d’hygiène physique et morale. C’est le premier but à poursuivre dès à présent.

 Le général compte sur le dévouement de chaque officier de sa belle division pour l’aider dans cette tâche. »

 D’après Louis Cretin, il est inutile de dire que toutes ces consignes auront bien du mal à se mettre en place et qu’elles ne seront pas toujours bien respectées pour quelques-uns !

 13 avril 1916

 Le commandant Schalck, responsable du 2e bataillon du 149e R.I.,  doit se rendre à Montplonne pour venir y présider un conseil de guerre concernant un chasseur du 10e B.C.P.. La sentence tombe très rapidement, Paul Tisserand est condamné à mort en début d’après-midi. Il sera fusillé le lendemain.

14 avril 1916

La 43e D.I. effectue une prise d’armes. Des renforts sont semble-t-il déjà arrivés et ont fait remonter les effectifs.

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Un nouveau soldat du 149e R.I. est épinglé pour état d’ivresse.

Paul Vouriot de la 4e compagnie, conducteur détaché au T.R., est puni de 8 jours de prison par ordre de l’officier d’approvisionnement, le lieutenant Rouganne,  avec le motif suivant « S’est absenté du cantonnement pendant la soirée du 14 avril, s’est enivré et a manqué au départ du T.R., a rejoint le détachement le 15 au matin. ».

Cette sanction sera portée à 15 jours de prison par ordre du lieutenant-colonel, commandant le régiment, quelques jours plus tard. Ce soldat sera également relevé de son poste de conducteur.

15 avril 1916

Le 149e R.I. quitte les cantonnements de Savonnières-devant-Bar et des fermes Vadinsaux et Beauregard.

Toutes les unités de la 43e D.I. doivent se rendre à la gare de Nançois-Tronville pour embarquer dans les trains qui les mèneront à Châlons-sur-Marne.

Le caporal Marquand évoque cette journée dans un de ses courriers :

« … Partis à 1 h 00, nous avons fait 16 km en suivant le canal de la Marne au Rhin et nous avons embarqué en chemin de fer à 7 h 00… »

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Un soldat du 149e R.I. ratera l’horaire ! Marie Émile Bégard, de la 4e compagnie, est puni de 8 jours de prison par ordre du capitaine commandant la compagnie, avec le motif suivant « À Savonnières, étant pris de boisson, a  manqué à l'embarquement du bataillon et n’est rentré que le surlendemain à 18 h 00. »

Cette sanction sera également portée, quelques jours plus tard, à 15 jours de prison par ordre du lieutenant-colonel commandant le régiment.

Ainsi s'achève le seul passage du 149e R.I. dans la fournaise de Verdun. La nouvelle page qui s'ouvre pour le régiment va lui permettre de tenir un secteur plus calme avant une nouvelle participation à une grande bataille.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12.

J.M.O. du 3e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 816/3.

J.M.O. du 10e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N ….

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

« Et le temps, à nous, est compté » Lettres de guerre 1914-1919. Albert Marquand, présentation de Francis Barbe, postface du général André Bach. C'est-à-dire Éditions mille mots chuchotés. 2011.

Témoignage du musicien brancardier Louis Cretin, consultable sur le blog du 149e R.I..

Le bonnet de police qui se trouve sur le montage est du modèle 1915, le numéro du régiment n’est pas réglementaire, mais il reste crédible pour un sous-officier (chiffres métalliques).

Excepté le bonnet de police, l’équipement de fantassin fait partie de la collection d’O. Gérardin.

Documents provenant de la collection personnelle du petit-fils du lieutenant-colonel Gothié.

Un grand merci à M. Bordes, à F. Barbe, à A. Carobbi, à O. Gérardin, à D. Gothié, à J. Huret, à A. Orrière, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

Posté par amphitrite33 à 05:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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