Gaston_Louis_Martin_Edouard_Fernagu

Les années de jeunesse

Gaston Louis Martin Édouard voit le jour le 7 février 1871 dans le 6e arrondissement de la capitale, quelques semaines avant le début de la Commune de Paris. Son père, Auguste Gabriel, est un sous-lieutenant âgé de 31 ans,qui sert dans le régiment des sapeurs-pompiers. Sa mère, Louise Rosine Beyer est une jeune femme âgée de 23 ans.

Gaston Louis Martin Édouard Fernagu est l'aîné d’une fratrie de trois garçons. Il obtient son baccalauréat ès sciences. Les trois frères feront tous une carrière militaire.

Au moment de la conscription, Gaston Fernagu souhaite signer un engagement volontaire. Pour cela, il doit se rendre à la mairie d’Orléans pour y apposer sa signature d’un contrat d’une durée de quatre ans. Nous sommes le 25 août 1891. Le jeune homme est dans sa vingtième année.

Son nom est inscrit sur la liste de recrutement de la classe 1891 de la subdivision du 3e bureau du département de la Seine, avec le numéro de tirage n° 314, dans le canton du 4e arrondissement de Paris.

Les débuts de carrière militaire

Sur les traces professionnelles de son père, il demande à servir dans le régiment des sapeurs-pompiers. Ce choix est-il dû au fait qu’il ait passé une grande partie de son enfance dans l'entourage des soldats du feu ? La réponse n’est pas connue, mais l’idée reste très présente à l’esprit ! Le jeune homme est incorporé comme sapeur de 2e classe dès le lendemain de la signature de son contrat avec l’armée.

Il est nommé caporal le 26 février 1892 puis sergent le 26 août 1892. Gaston Fernagu exerce les fonctions de sergent-fourrier entre le 4 mars 1893 et le 14 juin 1894.

Après avoir réussi le concours d’entrée de l’école militaire d’infanterie de Saint-Maixent, ce jeune sergent suit les cours pour devenir officier, à partir du 3 avril 1895,avec la promotion de Tananarive.  Il semble avoir eu du mal à s’adapter à cette formation.  

Le lieutenant-colonel de l’école militaire écrit ceci dans sa feuille de notes détaillées de fin d’études : « Avait une préparation complètement insuffisante à l’entrée à l’école. A eu beaucoup de difficultés à les vaincre et ne les a pas suffisamment surmontées. »

À la base, ce n’est pas un militaire d’une arme classique, nous pouvons aisément  imaginer qu’il ait eu plus de difficultés que les autres.

Il termine avec le numéro de sortie 309 dans une promotion qui compte 362 élèves.

Le 1er avril 1896, revêtu de son uniforme d’officier flambant neuf, il rejoint la ville de Maubeuge pour intégrer une compagnie du 145e R.I.. Il est ensuite détaché à Hirson, où il sera bien noté par son supérieur.

Au régiment de sapeurs-pompiers de Paris

Souhaitant redevenir « soldat du feu », le sous-lieutenant Fernagu fait une demande pour réintégrer le régiment de sapeurs-pompiers en 1897.

Le 1er avril 1898, il est nommé lieutenant. C’est avec ce grade qu’il réintègre le régiment de Paris le 21 mai 1898.

Il quitte le 145e R.I. avec la note suivante :

« Officier zélé, de caractère ferme, habile aux exercices de corps, mais qui peut parfois se montrer très dur avec ses inférieurs. Il parait avoir en lui-même une confiance que ses services et son instruction ne justifient pas encore. Le 145e R.I. ne perdra qu’un officier de valeur ordinaire. »

Le lieutenant Fernagu va devoir encore beaucoup travailler sur lui-même pour tenter d’améliorer son comportement. C’est un officier qui se montre assez bon instructeur militaire dans l’éducation des jeunes recrues, mais qui n’a pas toujours la patience nécessaire pour exercer correctement ce rôle. Il lui arrive souvent de manquer de tact.

Les observations parfois sévères de ses supérieurs, à propos de ses écarts de caractère, commencent à porter leurs fruits au fil du temps.

En 1900, le changement de tempérament de cet officier est radical. L’accomplissement de ses devoirs de formateur, dans l’encadrement des engagés volontaires, est maintenant très bien perçu par ses chefs. Il va même assurer, durant un mois, le commandement provisoire de sa compagnie. Au cours de cette période, il obtiendra de très bons résultats. Sa manière d’être, vis-à-vis des gradés qui sont sous ses ordres, est maintenant irréprochable.

Pompiers_de_Paris

Le 16 juin 1902, Gaston Louis Martin Édouard Fernagu épouse une jeune parisienne âgée de 22 ans,qui se nomme Marguerite Pauline Derondel. De cette union naîtront deux enfants, Robert et Jean Honoré.

En 1903, il est dit de lui : « Officier sérieux et discipliné, sert avec exactitude et correction, bon instructeur, sait se faire obéir, obtient des résultats. Donne toute satisfaction. »

En 1905, il suit les cours de 2e année de l’école de droit tout en poursuivant son service. Il obtient sa licence en juillet.

Pompiers_de_Paris

Retour à un régiment d’infanterie

Nommé capitaine le 27 mars 1911, Gaston Fernagu doit laisser derrière lui la ville de Paris pour rejoindre le 132e R.I. qui se trouve à Reims.

Il est très bien noté dans cette unité.

« Vigoureux officier, travailleur instruit, commande sa compagnie avec un très grand souci de son devoir professionnel. Deviendra certainement un capitaine d’une réelle valeur. »

Le lieutenant-colonel Cadoux, responsable du 132e R.I. au cours du 1er semestre de l’année 1912, dit pourtant de lui qu’il a bien du mal à se dépouiller de son habit de sapeur-pompier.

Au cours de cette année, il passe une thèse de médecine à la faculté de Paris qui s’intitule « Les troubles de la parole dans les chorées ». Ce travail, qui porte le n° 283 de l’année de l’obtention du diplôme, est publié par les éditions Jouve.

Nostalgique de son ancien corps, Il fait de nouveau une demande pour retourner chez les sapeurs-pompiers. Cette requête est entendue puisqu’il  retrouve son ancien régiment à partir du  8 mars 1914.

Les premières années du conflit

Lorsque, en août 1914, le conflit contre l’Allemagne débute, il porte toujours l’uniforme de sapeur-pompier. Très vite, il souhaite être envoyé sur le front. Il fait une demande insistante pour servir dans un régiment de la Légion étrangère.

Le 16 octobre 1914, il est affecté au régiment de marche de la Légion étrangère du camp retranché de Paris, qui deviendra à partir du 28 novembre, le 3e régiment de marche du 1er étranger. Dès son arrivée, le colonel lui propose le poste d’officier adjoint. Riche de son savoir et de ses expériences, le capitaine Fernagu peut rendre de multiples services à son supérieur durant la période d’organisation du régiment. Au front à partir de la fin du mois de novembre 1914, il s’occupe également de la S.H.R. du régiment, en plus de ses fonctions d’officier adjoint. Entre décembre 1914 et juin 1915, son régiment couvre différents secteurs de la Somme.

Le 26 juillet 1915, il est muté au 10e B.C.P. pour prendre le commandement de la 3e compagnie. Il ne reste que très peu de temps dans cette unité de chasseurs puisque le 14 août 1915, il reçoit l’ordre de rejoindre le 3e B.C.P. pour y seconder le chef de bataillon Faure. Les chasseurs de cette unité combattent dans le secteur d‘Aix-Noulette en Artois.

Gaston Fernagu prend ensuite part aux affaires de Verdun entre le 7 et le 11 mars 1916. Sa belle conduite au feu lui permet d’être proposé au grade de commandant.

Courts passages au 158e R.I. et au 149e R.I.

Le 24 mars 1916, le commandant Fernagu est affecté au 158e R.I. avec ses nouveaux galons de chef de bataillon. Quelques jours plus tard, il est au 149e R.I..

Le J.M.O. du 3e B.C.P. nous fait savoir que le capitaine Fernagu est nommé chef de bataillon au 149e R.I. le 1er avril 1916.

Le journal officiel du 15 avril 1916 nous dit que cette mutation est prononcée le 5 avril.

Cette courte période d’affectation au sein de ces deux régiments de la 43e D.I. reste difficile à identifier. Les dates qui figurent dans son dossier individuel,qui se trouve au S.H.D. de Vincennes, ne concordent pas toujours avec les autres documents consultés.

Le nom du commandant Fernagu apparaît dans un contrôle nominatif des officiers du 149e R.I qui date du 18 avril 1916. À cette période, il commande le 3e bataillon du régiment.

Gaston Fernagu a-t-il pris le commandement du 3e bataillon du 149e R.I. lorsque celui-ci se trouvait encore dans le secteur de 1ère ligne au fort de Vaux ? A-t-il remplacé le capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André à la tête de ce bataillon plus tard, après le retour vers l’arrière ? Ces questions restent pour l’instant sans réponse !

Le témoignage laissé par le capitaine de Chomereau de Saint-André n’évoque pas ce passage de commandement.

De nouveau au 158e R.I.

Le 18 avril 1916, il est de nouveau affecté au 158e R.I.. En juin 1916, il commande le 3e bataillon du régiment.

Il dirige son bataillon avec conscience et zèle. Cet officier se distingue aux combats, particulièrement à ceux qui se déroulent dans la Somme entre le 4 et le 18 septembre 1916. Durant les périodes de repos, il se consacre laborieusement à l’instruction de ses cadres et de son bataillon.

Fatigué par son long séjour ininterrompu au front, il est muté au 9e bataillon du 152e R.I. le 27 octobre 1917. Il commande son nouveau bataillon avec autorité et facilité. Très consciencieux, et très actif, il s’adonne tout particulièrement à l’instruction des cadres et de la troupe. Ce qui fait de son bataillon un bon bataillon d’instruction.

Les années après-guerre

Gaston Fernagu a conservé son poste de commandant pendant 25 mois entre 1914 et 1918. Il rompt avec une carrière militaire qui aurait pu être prometteuse. Le 20 avril 1918, il remet volontairement son grade de commandant pour redevenir capitaine. Il fait cette démarche pour pouvoir réintégrer le régiment de sapeurs-pompiers, où il prend le commandement d’une compagnie.

En janvier 1921, il exerce les fonctions d’adjudant-major.

Gaston Fernagu est promu chef de bataillon major par décret du 24 juin 1922. Affecté au 22e régiment de Tirailleurs, il ne rejoindra jamais cette unité. Quelques semaines plus tard, il est admis à faire valoir ses droits à la retraite par décision ministérielle du 26 juillet 1922. Le 15 août 1922, il est rayé des contrôles de l’armée active.

Il est nommé chef de bataillon de réserve par décret du 17 octobre 1922 affecté au 131e R.I..

Le 12 août 1927, il dépend du centre de mobilisation d’infanterie n° 51.

Maintenu dans les cadres de réserve, à sa demande, il quitte définitivement l’armée le 7 février 1932.

Le 26 novembre 1937, Gaston Fernagu décède, dans la petite commune manchote de Torigni-sur-Vire, à l’âge de 66 ans.

Décorations obtenues :

Chevalier de la Légion d’honneur par arrêté ministériel du 28 octobre 1915 :

« Officier venu du régiment de sapeurs-pompiers de Paris, s’est signalé en toutes circonstances par ses belles qualités militaires. »

Officier de la Légion d’honneur par décret du 11 juillet 1928 (J.O. du 12 juillet 1928).

Croix de guerre avec une palme et une étoile d’argent.

Citation à l’ordre de la 43e D.I. n° 107  du 2 février 1916:

« N’a cessé de donner, depuis qu’il est sur le front, l’exemple des plus belles qualités militaires ; a rendu à son chef de corps les meilleurs services, particulièrement pendant les attaques de septembre. » 

Citation  à l’ordre de l’armée n° 225 du 20 septembre 1916 :

« A très brillamment enlevé son bataillon à l’attaque du 4 septembre 1916. Arrêté par un feu violent de mitrailleuses devant une position extrêmement solide, s’en est emparé par un violent combat à la grenade. Contre attaqué le soir et le 5 au matin, de front et de flanc, n’a pas cédé un pouce de terrain. Le 6, a progressé et a atteint tous les objectifs assignés, faisant plusieurs centaines de prisonniers, s’emparant de mitrailleuses et de lance-bombes. S’y est ensuite maintenu énergiquement, faisant preuve, pendant 4 jours et 4 nuits, d’un entrain, d’une vigueur et d’un courage admirables.»

Autres décorations :

A obtenu du ministre de l’Intérieur, une médaille d’honneur en argent de 2e classe pour s’être distingué, le 1899 à Pantin (Seine) en dirigeant, avec le plus grand dévouement, les travaux de sauvetage de 3 ouvriers, ensevelis sous un éboulement (brevet du 28 octobre 1899).

Médaille commémorative de la Grande-Guerre.

Médaille interalliée de la victoire.

Médaille d’honneur en argent de 1ère classe (brevet du 6 février 1922).

Sources :

J.M.O. du 3e régiment de marche du 1er étranger  S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 861/6.

J.M.O. du 10e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/3.

J.M.O. du 3e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 816/2 et 3.

J.M.O. du 158e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 700/13.

J.M.O. du 152e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 697/15.

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le commandant Fernagu possède également un dossier individuel sur le site la Base Léonore. Pour le lire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Site_base_Leonore

Les informations concernant la généalogie de Gaston Fernagu ont été trouvées sur le site « Généanet ».

La photographie du commandant Fernagu provient de la collection  personnelle d’une branche collatérale descendante de cet officier.

Le contrôle nominatif des officiers du 149e R.I.,qui date du 18 avril 1916, fait partie de la collection personnelle du petit-fils du lieutenant-colonel Gothié.

Un grand merci à M. Bordes, à C. Chauvet, à A. Carobbi, à D. Gothié, à  M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.