03 juin 2016

« Le grand bal » de la 8e au nord d’Abreschviller…

L_assaut_des_troupes_allemandes

La 8e compagnie du 149e R.I. sillonne les routes avec l’ensemble du régiment depuis le 11 août 1914. Les marches sont éreintantes, les hommes sont épuisés par les kilomètres avalés, mais il va falloir se tenir prêt à affronter l’ennemi pour la seconde fois…

Un très chaleureux merci à T. de Chomereau pour son autorisation de publier ici une nouvelle partie du témoignage laissé par son grand-père.

Un autre très chaleureux merci à B. Bordes pour ses illustrations qui accompagnent ce témoignage.

21 août 1914.

Je suis sur pied avant le jour. Je fais occuper la lisière par une section du sergent Gueldry et une demi-section du sergent-major Pesant. Le temps est ad­mirable. Il y a quelques coups de feu isolés sur ma droite où se trouventune com­pagnie et une sec­tion de mitrailleuses du régiment.

Micard part en patrouille avec quelques hommes pour explorer une crête qui indique un peu Biberkirch. Nous ne le re­verrons plus.

Pour en savoir plus sur le capitaine Micard, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

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Le feu monte, nous attendons en complétant l’organi­sation assez rudimentaire du bois. À quatre heures et demie, brusquement, sur la droite, la fusillade commence et, très vite, elle prend une inten­sité très grande.

Une attaque allemande se dé­clenche. Elle est vigou­reuse et imprévue. Environ, une brigade ennemie prend de flanc la droite de notre bataillon. Le 3e bataillon du régiment qui forme échelon en arrière à droite tient la Valette et les abords.

Plan_1__G

Plan dessiné par le capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André concernant l’attaque allemande du 21 août 1914 menée contre sa compagnie.

Plan_1_G

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La section et demie que j’avais mise en ligne se voit tirer dessus. Elle est prise de flanc, puis bientôt à revers. Elle fait feu du côté de l’attaque. Je la fais appuyer aussitôt par les sections de l’adjudant Dodin et du sergent-major Dargent.

Elles ont l’ordre de se déployer à droite de Gueldry et de tenir l’intervalle entre lui et la compagnie qui com­mence à refluer. J’ai gardé une demi-section en réserve, craignant toujours une autre attaque vers Biberkirch.

Le bois est assez touffu et le com­bat a lieu à très courte portée. Il est très sanglant. Je vois tout à coup refluer les sections de Gueldry et de Dodin dont les chefs sont grièvement blessés. Je les fais em­porter.

L’ennemi avance et nous déborde aussi par la droite. La section de Dargent est écrasée. Je réussis pourtant à rame­ner en avant, avec l’aide de ma réserve, plusieurs sections et nous te­nons un bon moment derrière un talus. Ma droite me tourmente à juste titre, car j’aperçois de ce côté, à cinquante mètres, un capitaine ou un commandant et sa liaison qui franchissent un layon en me regardant.

Il y a du grouillement in­tense et je risque de me faire en­tourer. Le Capitaine François qui commande le 2e bataillon prescrit un repli qui s’exécute assez bien. La sec­tion de mitrailleuses nous suit, ou du moins ce qu’il en reste !

Je voudrais profiter des taillis pour donner un coup de poing et je prends le commandement d’une section. Plus de cadres, hélas, et quand, au bout de cent mètres, je veux faire serrer les hommes et les masser dans une clairière, je constate qu’il reste ma liaison, quelques dévoués, dont le sergent Jacquemin et mon ordonnance ! Bien que dissi­mulés, nous subissons un arrosage sérieux et mon brave Fréjavier refuse de se terrer : « Puisque vous êtes debout, je peux l’être aussi ».

Impossible, avec ce qui reste, de bourrer. Je re­prends position sur une chaîne de tirailleurs constituée par les sections mélangées, mais tenant rigoureusement. L’ennemi attaque toujours sur la droite du batail­lon, et paraît menacer La Valette où se trouvent nos chevaux ! C’est évidem­ment le danger pour nous, car nous risquons d’être tournés tout à fait de côté.

Je détache plusieurs patrouilles pour savoir si le 3e batail­lon occupe toujours ce point. Le capitaine François, dont un obus égaré a déchiré une manche, est inquiet lui aussi. Nous échangeons nos impressions, tan­dis que les branchettes de hêtres et de sapins dé­gringolent autour de nous.

Au milieu d’un bou­can infernal, car les coups de fusil résonnent ter­riblement dans ces futaies, Petermann et J…, les deux Saints-Cyriens, ont une atti­tude superbe. Je suis forcé d’eng… le premier qui s’expose follement. Le pauvre petit, il y est resté, comme aussi mon pauvre Dargent, si crâne, si jeune, et qui a dû tomber au début sans que j’aie pu, par la suite, avoir des détails sur sa mort.

Pour en savoir plus sur le sous-lieutenant Petermann, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Robert_Petermann

Pour en savoir plus sur le sous-lieutenant Dargent, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Albert_Dargent

Je remarque également Benoît, un en­gagé de quarante ans, admirable soldat, qui plaisante entre deux coups de fusil, et auquel je promets les galons de caporal. Encore un qui a manqué à l’appel du 22.

Pertes sensibles chez nous, mais les Allemands sont arrêtés net et tourbillonnent dans le vallonnement en avant, puis refluent malgré les vorwaert des officiers.

Le soir passe, le capo­ral Mariel est enlevé par deux camarades. Il a la poitrine traversée et n’a plus certainement que quelques minutes à vivre. Pourtant, il répond d’un geste quand je lui parle. C’était un médiocre gradé qui meurt en brave.

Je ne sais quelle heure il est. Il est peut-être sept heures, huit heures ?  quand le capitaine François,constatant que La Valette a été enlevé par l’ennemi,prescrit le repli sur Abreschwiller. Nous avons tenu, trop bien même, car l’ennemi nous déborde complètement déjà de ses feux. Notre unique ligne de repli : un couloir menant vers Voyer.

Le bataillon dévale en bon ordre (j’ai reconstitué la 8e compagnie) d’abord dans un bois, mais ensuite il faut, sous peine d’être pris, défiler presque à découvert, un par un, fusillés de flanc à six cents mètres. Pour comble de bonheur, nous sommes aussi entre les bat­teries de 75 en position au sud-est de Voyer et les batteries lourdes allemandes qui balaient l’itiné­raire suivi. Avec cela, des taillis de sapins inex­tricables interdisent tout cheminement indi­qué.

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Oh ! cette retraite, l’odieux souvenir ! Décamper ainsi devant des gens que nous avions si bien arrêtés ! Des unités du 3e bataillon vien­nent se mêler à nous, puis des isolés du 13e Corps qui refluent sur Voyer. Dès lors, il devient impossible de garder l’ordre maintenu jus­qu’alors. Par paquets, conduit par les officiers présents, le repli continue à s’effectuer.

J’ai der­rière moi, la tête de ma compagnie et je traverse Voyer où les 105 font rage, défilant ainsi devant nos 75, en contrebas, pour ne pas les gêner. C’est plus dangereux, mais je trouve absurde d’aller en plein sur nos pièces. Après Voyer, j’ai nettement, cette fois, l’impression d’une défaite. Partout des fractions reculent.

Le vallon à l’ouest du village est d’ailleurs momentanément tranquille et je tâche de grouper mes hommes. La tête de colonne seule a suivi et a eu la chance de ne laisser personne dans les ruelles où bris­leaux et pierres dégringolaient de tous côtés.

J’ai là des hommes de vingt unités différentes au moins ! Je conduis tout cela dans le bois de Barville. Je n’ai malheureusement pas de carte : j’avais prêté la mienne à Dargent avant l’attaque et n’ai pas eu le temps de la reprendre. Je m’oriente cependant sur la crête qui me sépare d’Abreschwiller. Les 105 dégringolent et des frac­tions se replient, mélange de différents corps.

Où retrouver, dans la bataille du moins, des unités du 149 ? Tout paraît disloqué, sans qu’il y ait le moins du monde panique. Le mieux est de ga­gner le pont, sur lequel tout reflue, avant qu’il ne soit arrosé lui aussi. En bon ordre, l’œil au guet, car je redoute quelque surprise de cavalerie dans ces futaies de hêtres largement percées, nous partons, protégeant le retrait de nombreux isolés que je m’efforce de dynamiser.

Au milieu de bois, un paquet d’une quinzaine d’hommes. Ce sont les Sapeurs du 92e d’infanterie, le dra­peau, la garde et le colonel, une belle figure de sol­dat à moustache blanche. Il a les poings crispés, la tête basse avec une expression de douleur qui me saisit. Je le comprends si bien et j’ai la gorge serrée par cette sensation de défaite. Je lui offre aussitôt de l’escorter jusqu’à la sortie du bois et il accepte avec empressement. Il me semble revoir la crête de Sainte-Marie le 9 août, à la nuit tombante, la batterie alpine défilant sous les sapins sombres, poursuivie par les balles, le drapeau du 149 encadré par les débris de ma compagnie, baïonnette au canon, que Dargent précédait et que je suivais revolver à la main avec la hantise d’une attaque surgissant à l’improviste.

Le pont de Vasperviller est en­combré par l’artillerie qui se replie sur Lorquin. Nous nous faufilons et je tâche de me rensei­gner : « Le 149 ? Oui il est vers Saint-Quirin, déjà assez loin ».

Quelle heure peut-il être ? Je ne m’en souviens plus. Pourtant, fidèle à mon habitude, j’ai regardé souvent ma montre. Tard certainement, car il fait terriblement chaud. Mon détachement est exténué, il meurt de soif, et moi aussi. Nous passons de nouveau par des bois superbes, grimpant sur des hauteurs, car les che­mins du fond sont couverts de troupe.

De gros obus nous suivent par instant. Je me surmène à faire le chien de berger de ce troupeau. L’ef­fectif s’accroît de plusieurs blessés dont il faut organiser le transport, d’un cheval sans maître, d’un beau mitrailleur du 149 qui, son affût tré­pied sur l’épaule, suit stoïquement sans vouloir confier, fût-ce une minute, son fardeau à un ca­marade.

J’ai maintenant trois cents hommes de tous les corps ! Grâce au ciel, j’avise un sous-lieutenant du 4e chasseurs qui m’indique la direc­tion de Lorquin et me donne une carte au 1/100.000e, cadeau inappréciable en pareille si­tuation. J’apprends de lui que le 21e Corps d’Ar­mée se replie sur Cirey-sur-Vezouze où il va se rassembler.

Une demi-heure de marche, avec rencontre du 139e auquel je remets un grand nombre d’isolés appartenant à ce corps et j’arrive à Saint-Quirin ainsi gaiement traversé l’avant-veille. Plus de régiment ! Il y a seulement la section de mitrailleuses de Petitjean, lui aussi cherchant le 149. Celui-ci est parti, me dit-on, vers Cirey-sur-Vezouve.

Un capitaine d’état-major du 21e Corps me conseille de ne pas moisir ici. Saint-Quirin va être évacué par les troupes qui s’y trou­vent (artillerie et deux bataillons d’infanterie ?). Il faut pourtant que mes troupiers soufflent un peu. Nous nous arrêtons dix minutes, et c’est aussitôt la ruée vers la fontaine, suivie d’un casse-croûte rapide ; puis c’est le départ. J’encadre la section de mitrailleuses de Petitjean et nous fi­lons, toujours par les bois, vers Turquestein.

Arrivés à l’emplacement du bivouac des 18 et 19 août, c’est-à-dire de suite après avoir traversé la Sarre, nous tombons en plein bois sur une section d’un régiment qui a allumé des feux. Ils n’ont pas vu le 149. Eux aussi cherchent leur corps.

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Plan réalisé par le capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André indiquant le parcours effectué par sa compagnie entre le 19 et le 21 août 1914.

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Un peu partout j’aperçois sur les routes des détachements qui vont vers Cirey-sur-Vezouze et la direction du sud. Impossible de continuer sans un arrêt sérieux, car mes blessés sont à bout de force. Je prescris une grande halte d’une heure ; et mes disposi­tions de sûreté prises, je reçois, ainsi que Petitjean, l’hos­pitalité que fraternellement m’offre un capitaine du 139e et son sous-lieutenant. Leur café pris, ils repartent et nous déjeunons d’un succulent potage aux haricots que nous appor­tent nos braves troupiers. Ceux-ci, la halte ter­minée, sont gaillards et ont oublié la situation. Je profite de cet entrain pour décamper en bon ordre, avec arrière-garde, patrouille, etc. Je couvre du même coup la marche d’un groupe d’ar­tillerie et d’une compagnie de chasseurs de ré­serve qui suivent le même itinéraire.

Longue étape (hélas, nous repassons la frontière et je tourne la tête pour ne pas voir les bornes renver­sées) qui nous conduit à Saussenrupt. Là, Petitjean part à vélo sur Cirey-sur-Vezouze aux renseigne­ments. Il doit être cinq ou six heures). Il revient me dire que le 149 doit être à Val-et-Châtillon. Mon groupe s’est accru des éclaireurs montés du 2e bataillon, de fusiliers blessés et de la voiture à bagages de l’état-major qui était égarée.

La chaleur est torride, ce qui n’empêche pas une entrée dans un ordre parfait. Les hommes sont alignés, les armes « placées » comme aux manœuvres. Les habitants ne se doutent de rien et me question­nent : « Il paraît que vous vous êtes battus ce matin ? Où donc ? ». J’éprouve un vrai re­mords à leur mentir effrontément, car il est sûr que demain on se battra par ici. En tout ça, il faut éviter tout méli-mélo dans l’installation.

De tous côtés débouchent de petites fractions : 158e, artillerie, puis la C.H.R. du ré­giment, gent encombrante et inutile, car, cela dit en passant, elle pa­raît ignorer le métier de brancardier, le service de santé, etc.

J’interdis d’en­trer dans les maisons à tout le monde et je pars à la recherche du régiment, guidé par un brave pay­san. Celui-ci me raconte la première occupation du village par la couverture allemande et com­ment celle-ci s’était retranchée dans des positions habilement choisies. Quelques jours auparavant, l’avant-garde du 13e Corps français est arrivée et elle a at­taqué furieuse­ment. « Pensez, monsieur, les Allemands qui les guettaient depuis dix jours, et les pauvres Français (sic) qui ont attaqué sans se douter de rien ! (sic). Ah ! oui, les pauvres Français. Tenez, là, on en a enterré trois cents ». Cet homme, dans son gros bon sens, vient de quali­fier l’absurde tactique d’offensive aveugle qui a été la nôtre depuis le début. L’arrivée de nos troupes avait d’ailleurs sauvé Val-et-Châtillon d’une destruction qui allait avoir lieu.

Avec tout cela, pas de 149 ! Il faut agir. Je re­viens exténué, et dans la nuit tombante, je bourre tout ce qui appartient au 149 dans l’im­mense cour d’une usine. La porte est gardée ; comme cela je n’ai pas à craindre l’abrutissement des cabarets.

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Je ré­quisitionne des vivres, met la soupe en train, etc.  J’ai une légère altercation avec un sous-lieutenant d’artillerie qui « veut » l’usine pour son groupe et que j’envoie promener. À force d’interroger à droite et à gauche des isolés qui affluent de tous côtés, j’apprends que le géné­ral Pillot qui commande la 85e brigade est arrivé. Il est « vers la mairie » et a réparti le cantonne­ment. Ouf ! enfin, voilà qui est sûr. Non sans peine, je le découvre, car la nuit est venue. « Allez voir Pignat (capitaine, son offi­cier d’or­donnance) : il est là-haut ! » Pignat est en effet là-haut, c’est-à-dire au premier étage de la mairie, et il me donne des indications som­maires. Il pa­raît exténué et au moment où je le quitte, me re­tient : « Ah ! si vous saviez ! L’armée Castelnau a cédé aussi à notre droite, c’est une défaite complète. Je n’ai plus ma tête à moi, tant je suis las ». Et sortant des paquets de papiers de ses poches : « Tenez, voici ce que j’ai heureu­sement sauvé : le général Legrand (commandant le 21e C.A.) a dû détaler si vite qu’il les avait laissés. Quelle terrible jour­née ! » Pauvre Pignat ! J’assure que cette annonce de la défaite de Castelnau, reçue ainsi en coup de massue, dans cette pièce aux murs nus, lugubre, éclairée par une lanterne après une journée éreintante et une retraite diffi­cile,me « faucherait » si j’avais du temps à perdre, mais j’ai autre chose à faire que me déso­ler ! « Ne répétez pas ce que je vous ai dit, c’est ultra confidentiel, mais je n’y tenais plus, il fal­lait que je me dégonfle avec un cama­rade » – « Soyez tranquille, et bon courage ». Une chaude poignée de main et je repars du côté de l’église où je trouve l’adjudant-chef Bienfait qui vient faire le cantonnement. « Alors, tout le régiment est là ? » – « Oh ! non, mon capi­taine : il y a sept cents ou huit cents hommes et plusieurs of­ficiers, c’est un mélange ! » De notre mieux, courant dans les maisons, nous préparons l’ins­tallation.

Chaque unité aura quelques maisons et des plantons répartis dans les rues aiguillent les arrivants. Tout cela néces­site d’innombrables va-et-vient. Je ne puis litté­ralement plus me traîner et pourtant, je vais hâ­tivement, comme un automate remonté, hélant dans la nuit les groupes qui passent et qui errent, en quête de gîte. De la cour d’usine, j’ai cherché mon détachement. Tous sont là, musiciens compris, au repos de­puis deux ou trois heures, finissant d’avaler de pleines gamelles de « rats » aux pommes de terre. Ils sont gaillards et joyeux ! et je les conduis à leurs cantonnements. Les officiers signalés précédemment sont arrivés et tous se ca­sent. Il y a parmi eux G… et Drouet. Eux aussi ont fait la soupe avant d’arriver. J’ai enfin le droit de penser à moi, et la conscience tranquille je gagne un caboulot où les docteurs ont com­mandé mon dîner avec le leur. Depuis long­temps ils ont fini. Quelle heure est-il ? Neuf heures ? Je m’écroule sur une chaise : depuis le grand bal, je ne me suis pas assis. Et sitôt sus­tenté, je re­commence à circuler. Dans le canton­nement de la 8e, de braves gens me cèdent leur lit, et grim­pant au grenier, enjambant mes trou­piers qui dorment tout équipés, tombés par terre, entassés avec ce genre de ronflements assourdis de l’homme surmené.

Sources :

Témoignage inédit rédigé par le capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André.

Les deux plans donnant les positions successives de la 8e compagnie du 149e R.I. ont été dessinés par le capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André.

Pour en savoir plus sur la capitaine Gaston de Chomereau de Saint-André, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Harmonium

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de la journée du  21 août 1914, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

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Un grand merci à M. Bordes, à S. Agosto, à B. Bordes, à A. Carobbi, à T. de Chomereau et à É. Mansuy.

 


10 juin 2016

Clément Henri Bonnaud (1880-1916).

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Les années de jeunesse

Clément Henri Bonnaud voit le jour le 7 juillet 1880 dans le petit hameau charentais de Chez-Bois. François, son père qui est un cultivateur âgé de 30 ans, doit, ce jour là, quitter le champ quelques heures pour aller à la mairie de Salles-de-Villefagnan où il doit déclarer la naissance de l’enfant. Sa mère, Françoise Goumain, est une jeune femme âgée de 23 ans qui n’exerce pas de profession.

Clément Henri obtient son certificat d’études primaires et son brevet d'études primaires sans qu'il soit possible de dire s'il entra ensuite au lycée.

Il va tout d’abord travailler comme employé de commerce, mais cette profession ne semble pas vraiment lui convenir. Alors qu’il n’est pas encore tout à fait l’heure de penser à la conscription, il décide de tout abandonner. Le 15 mars 1899, le jeune homme se rend à la mairie d’Angoulême pour venir y signer un engagement volontaire d’une durée de 4 ans. Il n’a pas encore 19 ans. Le motif qui le pousse à faire ce choix ne nous est pas connu. Monotonie de son quotidien, déception amoureuse, profession peu rémunératrice, à chacun de s’imaginer ce qui aurait pu le pousser à prendre cette décision ! Quelle qu'elle fut, il trouva les arguments auprès de sa famille pour avoir l'autorisation de le faire.

Le jeune homme s’apprête à faire son premier grand voyage. Il se prépare à quitter sa Charente natale pour s’établir dans une caserne vendéenne. Il gagne, par voie ferrée, La Roche-sur-Yon pour intégrer la 1ère compagnie du 93e R.I.. Son instruction commence le 16 mars 1899, celle-ci durera six mois.

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Nommé caporal le 23 septembre 1899, puis sergent le 2 juillet 1900, Clément Henri Bonnaud est amené à exercer les fonctions de sergent fourrier dans sa compagnie à partir du mois de septembre 1900. Le 16 octobre 1901, il réintègre un poste de sergent à la 1ère compagnie du 93e R.I..

Le 1er février 1902, il est de nouveau sergent fourrier, mais cette fois-ci, ce sera pour travailler à la S.H.R. du régiment.

Une carrière dans la Légion étrangère

Son contrat avec l’armée arrive à échéance ; il a obligation de le renouveler pour poursuivre sa carrière sous l’uniforme. Le 9 mars 1903, il signe de nouveau pour trois années consécutives.

Cette fois-ci, ce sera pour vivre une toute autre expérience. Les portes de l’Afrique ne sont pas loin ! Le jeune sous-officier choisit le 2e Régiment étranger, une unité de la Légion qui est installée en Algérie. Une fois la Méditerranée traversée, il doit se rendre à Saïda, surnommée la ville des sources, pour découvrir sa nouvelle compagnie d’affectation.

Caserne_2e_R_giment_Etranger

Le sergent Bonnaud cantonne dans la région d’Oran entre le 27 mars et le 15 mai 1903. Le 11 avril, il occupe une place de sergent fourrier, une charge qu’il connaît maintenant parfaitement bien, à la 22e compagnie.

Envoyé dans les régions sahariennes entre le 16 mai et le 21 juin 1903, il est affecté à la colonne de Béchar dès le lendemain.

Clément Henri Bonnaud s’installe avec son unité dans la province de Figuig qui est située à l'extrême sud-est du pays, au sud de la région de l’Oriental, du 4 juillet au 9 novembre 1903.

Du 10 novembre 1903 au 21 octobre 1904, il est de retour dans la région d’Oran. Durant cette période, le sous-officier  est  de nouveau sergent fourrier. Cette fois ci, il est chargé de l’intendance de la 6e compagnie à partir du 1er août 1904.

Le 1er octobre 1904, il peut coudre ses galons de sergent-major sur les manches de sa vareuse,

Clément Henri Bonnaud devient responsable des registres de la comptabilité et de l’administration de la 5e compagnie montée, qui se trouve sous les ordres du capitaine Morel. Du 22 octobre 1904 au 15 octobre 1905, il est, de nouveau, en mission dans les régions sahariennes.

Le 26 septembre 1905, il signe un troisième contrat avec l’armée. Celui-ci prend effet à compter du 15 mars 1906. Le légionnaire vient de se réengager pour quatre ans.

Le sergent-major Bonnaud est de retour dans la région d’Oran à partir du 16 octobre 1905.

Au cours du mois de mars l’année 1907, il reçoit une médaille d’argent de l’alliance française.

Le 15 avril 1907, il est en partance pour Marseille. Le sergent-major Bonnaud vient d’être désigné pour faire partie de la relève qui doit se rendre au Tonkin par voie de mer. Après une longue traversée, le sous-officier arrive à destination le 27 mai 1907 pour servir au 5e bataillon du régiment.

C’est dans cette lointaine colonie qu'il est nommé adjudant le 13 août 1908, cela, après avoir été proposé au tableau d’avancement durant plusieurs années.

Le 1er janvier 1911, il est transféré à la 17e compagnie du 2e Régiment étranger. Promu sous-lieutenant huit jours plus tard pour être aussitôt affecté à la 9e compagnie du régiment, il est muté à la 19e compagnie du régiment à la fin du mois de février 1911.

 Fraîchement nommé dans son grade, il doit rejoindre Cao-Bang, pour exercer les fonctions de comptable sous les ordres directs du capitaine Morin.

Juin 1911, c’est le retour en France. Il embarque sur le paquebot vapeur « Nera » qui doit quitter Haiphong le 3 juin 1911, à destination du port de la cité phocéenne.

Nera

Rapatrié du Tonkin où il est resté 4 années, Clément Henri Bonnaud a le droit à plusieurs semaines de repos. Un congé de fin de campagne d’une durée de trois mois lui est accordé. Il profite de ce long temps de vacances pour retourner en Charente où il va pouvoir prendre du temps avec les siens.

De retour en Afrique, nous le retrouvons dans les régions sahariennes au début du mois de novembre 1911. Le 7 janvier 1912, le lieutenant Bonnaud change de garnison. Il a reçu l’ordre de quitter Beni Ormif pour se rendre dans la ville de Mascara.

Il s’occupe de nouveau de comptabilité lorsqu’il retrouve la caserne de Saïda. Ses supérieurs le désignent pour prendre en charge l’armement et l’habillement du régiment.

Clément Henri Bonnaud est nommé lieutenant le 9 janvier 1913. Il est  muté au 1er régiment de marche dans la 1ère quinzaine d’avril 1913. Destiné à intervenir dans le cadre de la campagne du Maroc, ce régiment  avait été formé en 1907 à partir d’éléments du 2e Régiment étranger.

Le lieutenant Bonnaud  prend part en avril et mai 1913 à la colonne Henrys. Il est ensuite désigné d’office pour assurer les fonctions d’officier de détails. Bien que remplissant très bien cette mission, il préfère de loin être sur le terrain. Il demande à reprendre du service actif. Ce choix est accordé. Clément Henri Bonneau prend un poste d’officier dans une compagnie qu’il commande avec autorité durant l’absence de son capitaine. C’est lui qui organise le caravansérail d’Ain-Hamman.

Il participe à plusieurs opérations militaires dans le Maroc occidental entre le 24 mars 1913 et le 1er août 1914.

Le 18 avril 1913, c’est l’affaire d’Auras. Le 14 septembre 1913 il est à Meknès. Le 18 juillet 1914, le lieutenant Bonnaud participe au combat de Mahajibat. Le 25 juillet c’est le combat de Sidi Amdal puis celui du col de Ziar le 4 août 1914. Les 5 et 6 août il participe au combat de Khénifra.

En mai 1915, Clément Henri Bonneau est à la compagnie montée du 2e Régiment étranger.

Cet officier arrive en France le 10 décembre 1915.

Au 149e R.I.

Le lieutenant Bonnaud rejoint le front la veille de Noël de l’année 1915, pour prendre le commandement de la 10e compagnie du 149e R.I.. A cette période de l’année, le régiment s’apprête à quitter l’Artois, une région où il est resté durant 13 mois.

Clément Henri Bonnaud est promu au grade de capitaine à titre temporaire, suite à une décision prise par le général commandant en chef le 5 février 1916 ; celle-ci est ratifiée le 10 février 1916.

Son passage au 149e R.I. sera de très courte durée. En effet, le capitaine Bonnaud est  tué quelques semaines après son arrivée au régiment. Le 30 mars 1916, la commune de Dugny est attaquée par l’aviation allemande. Les bombes qui sont tombées sur le village font plusieurs victimes, Clément Henri Bonnaud fait partie du nombre.

La dernière mission effectuée par le capitaine Bonnaud est décrite dans un témoignage laissé par le capitaine Gaston de Chomereau de Saint- André.

« 29 mars 1916

… Un message me prescrit de rallier d’urgence Dugny pour y prendre,par intérim, le commandement du 3e bataillon du 149e R.I. qui monte en secteur le 31 mars au fort de Vaux… Je connais déjà à fond les officiers, le 3e bataillon ayant eu l’occasion de travailler avec moi et ils me connaissent.

Je pars en reconnaissance, en voiture, avec mes quatre commandants de compagnie. Il fait un froid très vif. Nous sommes frigorifiés lorsque nous débarquons au Cabaret, où les projectiles tombent assez nombreux. Nous passons d’abord par le fort de Tavannes puis nous redescendons du tunnel par une profonde tranchée neuve… Nous allons par la sortie sud du tunnel et la Lauffée. Nous atteignons la batterie de Damloup, pour arriver pendant une accalmie de marmitage, dans un abri de bombardement à 400 m sud-est du fort de Vaux, qui sert de P.C. et d’abri pour un peloton…

Le dispositif est presque linéaire. Devant le fort, une tranchée d’un mètre de profondeur qui est sans cesse marmitée. Pas de téléphone, il est continuellement coupé. Pas d’optique possible à cause du terrain. Pour avoir l’appui de l’artillerie, il faut envoyer un coureur au fort, qui, lui, peut communiquer. Pas d’eau, une seule source connue et marmitée Ces agréables constatations faites, la reconnaissance, très sommaire, est terminée. Retour par le fort de Tavannes à Dugny, sans accroc. À 16 h 00, je suis à Belrupt, où le détachement me rejoint. Je laisse à Dugny un de mes capitaines, tué par bombe d’avion au moment où nous arrivions. »

L’intégralité de ce texte  peut se lire en cliquant une fois sur l’image suivante.

Gaston_de_Chomereau_de_Saint_Andre_22

Le capitaine Bonnaud  repose actuellement  dans une sépulture individuelle qui se trouve dans le cimetière national français de Dugny-sur-Meuse. Sa tombe porte le numéro 1218 A.

Décorations obtenues :

Chevalier de la Légion d’honneur (décret du 10 avril 1915).

Croix de guerre avec une étoile de vermeil.

Citation à l’ordre de 21e C.A. n° 84 du 29 mars 1916 :

« Chargé de tenir des tranchées soumises à un bombardement intense d’artillerie de gros calibre, à su accomplir sa mission avec une volonté de fer, luttant pendant 12 heures sans arrêt, pour réparer sous le feu, ses tranchées bouleversées, déterrer ses hommes ensevelis etterrer constamment, prêt à recevoir un assaut qui paraissait imminent. Légèrement blessé à l’épaule, ayant les pieds gelés, a refusé, malgré ses souffrances, de se faire évacuer. »

Médaille coloniale avec agrafes « Sahara, Algérie et Maroc ».

Clément Henri Bonnaud a également été décoré de l’ordre honorifique du Ouissam Alaouite avec le grade d’officier. Cette décoration est considérée comme étant l’équivalent de la Légion d’honneur française, pour avoir rendu des services éminents au Royaume du Maroc.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

La photographie de sa sépulture a été réalisée par F. Radet.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à  M. Porcher, à F. Radet et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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17 juin 2016

31 mars 1916.

Fort_de_Tavanne

La veille, les 1er et 3e bataillons du 149e R.I. ont reçu l’ordre de remonter dans la zone des combats.

Une relève difficile

Ce qui avait été couché sur le papier par les officiers supérieurs de la division n’a pas pu être suivi à la lettre, en raison des nombreux encombrements qui vont avoir lieu dans les tranchées. Les mouvements de troupes, les corvées, les relèves, tout pose problème. Pour compliquer le tout, l’artillerie allemande reste très entreprenante dans le secteur.

Les horaires dans les permutations d’unités de la 77e et de la 43e Division n’ont pas été respectés, mais tout finit par rentrer à peu près dans l’ordre dans la matinée.

Les éléments de la 43e D.I. qui sont remontés en 1ère ligne en même temps que les deux bataillons du 149e R.I. occupent maintenant les positions qui leur ont été assignées.

Carte_1_journee_du_31_mars_1916

Legende_carte_1_journee_du_31_mars_1916

Le 3e bataillon du capitaine Gaston de Chomereau a relevé le 1er bataillon du 159e R.I. et le 1er bataillon du commandant Magagnosc est venu s’installer dans le fort de Tavanne en réserve de sous-secteur.

Comme l’atteste un rapport rédigé par le lieutenant-colonel Abbat, le chef du 149e R.I. l’organisation du secteur a été compliquée à mettre en œuvre. Voici ce qu’il écrit au général commandant la 85e brigade :

« J’ai l’honneur de vous rendre compte que les relèves de cette nuit ont subi d’importants retards du fait de l’encombrement :

1) dans les boyaux d’accès à la partie ouest du tunnel.

2) sous le tunnel même. Cette voie est empruntée dans les deux sens alors que le passage n’est praticable que pour les hommes qui sont en file indienne.

J’ai l’honneur de vous demander :

1) des moyens d’éclairage sous le tunnel pour guider la circulation. Il semble qu’on pourrait trouver à la citadelle de Verdun des lampes à acétylène ou à pétrole qu’il serait facile d’espacer sous le tunnel et qui permettraient une surveillance plus active.

2) il faudrait interdire le passage sous le tunnel dans un sens à déterminer soit vers l’est, soit vers l’ouest. Faute de cette précaution, il y aura, la nuit surtout, des embouteillages inévitables.

Des commandants de compagnie se sont plaints à moi de ce que, sur la route, des accidents ont failli être causés par les ravitaillements d’artillerie, qui une fois déchargés, rentrent à Verdun au grand trot.

Il y aurait lieu, semble-t-il, de donner des ordres pour que le retour de ces ravitaillements s’opère au pas comme à l’aller.

Je vous demanderais aussi de bien vouloir pourvoir le tunnel de tonnelets pour le ravitaillement en eau. Ces tonnelets pourraient être ravitaillés chaque nuit par les tonneaux d’eau de bataillon venant sur la route de Souville, à hauteur du boyau qui descend au tunnel.

J’ai l’honneur de vous rendre compte que personnellement, je suis tombé, hier soir, sur un caillou en gagnant le tunnel. Je me suis contusionné assez fortement la jambe droite. Je n’ai rien de cassé, mais je ne pourrai aujourd’hui, et peut-être demain, marcher longtemps. »

Pour en savoir plus sur le lieutenant-colonel Abbat, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante :

Emile_ABBAT_1

Il est inutile de dire que les tranchées sont en très mauvais état dans le secteur des premières lignes. Elles sont pour la plupart dépourvues de défenses accessoires.

L’artillerie allemande qui est restée active toute la matinée se prépare à amplifier la cadence de ses coups de canons.

Attaque allemande

À partir de 15 h 00, les artilleurs ennemis augmentent progressivement leurs tirs sur le secteur du fort de Vaux et du fort de Souville.

La puissance de feu maximale est atteinte aux alentours de 15 h 30, juste au moment où doit se déclencher leur première attaque d’infanterie.

Ce sont la partie gauche de la 85e brigade et la partie droite de la 86e brigade qui sont particulièrement visées. Les mouvements de relève avec la 77e division viennent tout juste de se terminer et la 43e D.I. va devoir s’apprêter à encaisser le  choc de plusieurs attaques allemandes.

À l’est de l’étang de Vaux, les Allemands s’emparent de la tranchée de 1ère ligne et de la tranchée de doublement orientée nord-sud, au nord-ouest du village de Vaux-devant-Damloup. Elle cause des pertes importantes au 1er B.C.P..

Carte_2_journee_du_31_mars_1916

Legende_carte_2_journee_du_31_mars_1916

Un bataillon du 158e R.I. se trouve au centre de l’attaque allemande, aucune nouvelle précise n’a pu être obtenue jusqu’à présent, les patrouilles ou agents de liaison qui ont été envoyés sur les lieux ne sont pas reparus. On peut craindre que les 3 compagnies de ce bataillon qui tenaient la première ligne, aient péri sous le bombardement ou aient été faites en partie prisonnières.

Plusieurs attaques allemandes sont également en train de se dérouler à l’ouest du fort de Vaux dans le secteur du 10e B.C.P..

Ayant été informé du danger dès le début des événements, le capitaine de Chomereau de Saint-André, responsable du 3e bataillon du 149e R.I. rédige un petit message à son supérieur.

« Le capitaine de Chomereau au commandant sous-secteur sud,

Le commandant Randier me fait prévenir que les Allemands se rassemblent dans le fond de Vaux dans l’intention d’attaquer. Tout le monde est à son poste et j’attends l’attaque.

16 h 15, 31 mars 1916, le capitaine de Chomereau commandant le 3e bataillon »

Finalement, ses hommes ne seront pas inquiétés par ces combats.

Le système de liaisons reste très précaire. En effet, toutes les lignes téléphoniques ont été coupées dans l’après-midi du 31 mars. Malgré le travail constant de l’équipe divisionnaire pour essayer de les remettre en activité, elles ne sont toujours pas réparées dans la nuit du 31 mars au 1er avril.

Les Allemands bombardent le secteur occupé par le 1er bataillon du 149e avec des obus lacrymogènes de gros calibre toute la journée. Les émanations de gaz empêchent les hommes d’exécuter correctement les tâches à effectuer. Les travaux de réfection du boyau allant de l’entrée du tunnel au fort de Tavannes sont interrompus. Les hommes doivent se mettre à l’abri.

Carte_3_journee_du_31_mars_1916

Legende_carte_3_journee_du_31_mars_1916

Le 2e bataillon du 149e R.I. qui se trouve sous l’autorité du commandant Schalk est toujours en réserve de division. Il est installé dans la caserne d’Anthouard avec 4 compagnies du 3e B.C.P..

Carte_4_journee_du_31_mars_1916

Dans la soirée, le 1er bataillon du 149e R.I. est mis en alerte. À tout moment, il doit se tenir prêt à faire mouvement pour se mettre à la disposition du colonel Rondeau, l’officier qui commande la 86e brigade.

Les compagnies du commandant Magagnosc s’apprêtent à vivre des moments difficiles dans les heures à venir.

Sources :

J.M.O. de la 43e D.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 344/5.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/12.

J.M.O. de la 86e Brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/14.

J.M.O. de la 88e Brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 521/4.

J.M.O. de la 139e Brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 533/3.

J.M.O. du 1er B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 815/2.

J.M.O. du 10e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 819/4.

J.M.O. du 44e B.C.P.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 827/14.

J.M.O. du 75e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 661/5.

J.M.O. du 158e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 700/11.

J.M.O. du 226e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 721/1.

J.M.O. du 269e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 733/9.

Les archives du Service Historique de la Défense ont été consultées.

La photographie qui peut se voir sur le montage provient de la collection personnelle de N. Bauer.

Le fond de carte, qui a servi de support à la réalisation de la carte donnant les emplacements approximatifs des 43e, 70et 77e D.I. provient du J.M.O. du groupement D.E. de la place de Verdun. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 70/7.

Le fond de carte, qui a servi de support à la réalisation de la carte indiquant le secteur approximatif où se sont déroulées les attaques allemandes du 31 mars 1916 provient du J.M.O. de la 88e brigade S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 521/4.

Les cartes dessinées du secteur de Verdun, qui peuvent se voir ici, ont été réalisées uniquement à partir des indications données dans les différents J.M.O. cités dans les sources.

La marge d’erreur qui indique les positions des régiments des 43e, 70e et 77e D.I. et l’orientation des attaques allemandes risque d’être assez importante. Toutes ces cartes ne sont donc là que pour se faire une idée approximative des évènements qui se sont déroulés durant la journée du 31 mars 1916.

Un grand merci à N. Bauer, à M. Bordes, à A. Carobbi, à A. Orrière, à M. Porcher, et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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24 juin 2016

Gabriel René Boudène (1895- 1930).

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Né au « hasard des garnisons »,Gabriel René Boudène voit le jour le 29 novembre 1895 dans la ville normande d’Alençon. À sa naissance, ses parents vivent dans une petite maison située au numéro 23 de la rue de l’Adoration. Son père, Gustave, est un lieutenant de cavalerie âgé de 27 ans qui exerce ses fonctions d’officier au 14e régiment de Hussards, dans le quartier Valazé. Sa mère est une jeune femme de 23 ans qui se nomme Emma Rodolphine Vérani-Masin. De cette union naîtra un autre enfant qui sera prénommé Marie Gustave Henri.

La carrière militaire de Gustave Boudène a certainement amené la famille à multiplier les changements d’adresse au gré des mutations paternelles, mais celles-ci ne nous sont pas connues. Il en est de même pour le parcours scolaire de René.

Le jeune Boudène est déclaré « bon pour le service ». Comme le reste de la classe 1915,  il  est incorporé par anticipation le 16 décembre 1914. René se rend à Aix-en-Provence où il  intègre une compagnie d’instruction du 55e R.I., le temps d’être formé aux bases du métier de fantassin. À la fin du mois de juillet 1915, il peut coudre ses galons rouges de caporal, premier grade de la hiérarchie militaire, sur son uniforme. Cet homme est maintenant fin prêt pour être envoyé dans la zone des combats. Il est sur le point de rejoindre le 149e R.I., un régiment qui se trouve en Artois à cette période de l’année. Une fois sur place, il devient responsable d’une escouade de la 7e compagnie du régiment.

Très rapidement, le caporal Boudène est nommé au grade supérieur. Nous sommes le 9 octobre 1915 lorsqu’il lui est signifié qu’il peut maintenant prendre le commandement d’une demi-section. Quelque temps après le passage du 149e R.I. à Verdun, le sergent Boudène apprend qu’il est promu sous-lieutenant à titre temporaire à compter du 5 mai 1916. Son régiment est revenu très carencé en officiers, après les évènements qui se sont déroulés dans la Meuse. Malgré ce changement de statut, il peut rester à la 7e compagnie du régiment.

Ayant bénéficié d’une promotion sur le terrain, cet officier doit maintenant penser à la formation. René Boudène va effectuer plusieurs stages dans des domaines militaires divers et variés. Il commence par suivre la 5e série des cours de chef de section au centre d’instruction du 21e C.A. du 12 juin au 1er juillet 1916.

De retour au 149e R.I., il participe, avec sa compagnie, aux violents combats qui se déroulent dans le secteur de Soyécourt dans le département de la Somme. Le 5 septembre 1916, il est blessé à la cuisse droite par un éclat d’obus. Les soins et la convalescence vont durer plusieurs semaines…

Pour en savoir plus sur les combats qui se sont déroulés dans le secteur de Soyécourt, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Carte_journee_du_5_septembre_1916

De retour dans la zone des armées, le sous- lieutenant Boudène rejoint le corps le 15 janvier 1917 pour être, cette fois-ci, affecté à la 1ère compagnie du 149e R.I..

Les cours théoriques reprennent… René Boudène se rend, dans un premier temps, à l’école de signalisation de Noidans-lès-Vesoul entre le 28 janvier et le 11 février 1917. Il se déplace ensuite au dépôt de la 43e D.I. pour y suivre un enseignement de fusilier-mitrailleur entre le 21 février et le 1er mars 1917, avant d’enchaîner sur une formation de mitrailleur entre le 12 et le 26 mars 1917.

Le sous-lieutenant Boudène effectue un dernier stage à l’escadrille S.M. 106 du 12 au 16 septembre 1917, avant de réintégrer son régiment.

Cet officier est de nouveau blessé le 23 octobre 1917. À peine sorti de la tranchée, il a le poignet gauche brisé. Malgré la douleur, il poursuit l’attaque avec les hommes de sa section. Son régiment est en train de gagner une nouvelle citation à l’ordre de l’armée dans le secteur de la Malmaison.

Bien noté par ses supérieurs, le colonel Boigues écrit ceci à son sujet :

« Très bon chef de section, plein de zèle et de dévouement, actif et très courageux. A de l’intelligence et du jugement, une très belle tenue. Paraît tout à fait digne d’être titularisé.

A fait œuvre d’une belle initiative et du plus brillant courage à la bataille du 23 octobre 1917. »

Le 11 novembre 1917, il est nommé à titre définitif dans son grade de sous-lieutenant.

À peine rétabli, il retrouve son régiment avec le grade de lieutenant pour intégrer  la 2e compagnie le 5 janvier 1918.

Touché par la maladie, René Boudène est évacué vers l’arrière le 24 février 1918 pour subir un traitement médical à l’hôpital de Golbey-Épinal. Guéri, il peut rallier sa compagnie le 6 avril 1918.

Une troisième blessure reçue le 29 mai 1918, au cours d’une attaque dans le secteur de Cuiry-House, le fait évacuer sur l’hôpital complémentaire n° 26 d’Orléans.

Hopital_militaire_temporaire_26_Orleans

Cette blessure est bien plus grave que les précédentes. Une balle de mitrailleuse qui a entraîné une plaie perforante à l’abdomen met sa vie en danger. Les médecins sont pessimistes. En cas de réussite de l’intervention chirurgicale, les soins prodigués s’annonceront interminables et douloureux.

Pour en savoir plus sur les combats qui se sont déroulés dans le secteur de Cuiry-House, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Arcy_Sainte_Restitue

C’est au tour du lieutenant-colonel Vivier de rédiger le relevé de notes qui est inscrit dans le feuillet individuel de campagne du lieutenant Boudène. Voici ce qu’il écrit en septembre 1918 :

« Chef de section excellent, d’une bravoure superbe, d’un caractère énergique, d’un jugement rapide et sûr. Il possède une excellente éducation et une solide instruction, cela fera de lui un officier de carrière de premier ordre. A été grièvement blessé le 29 mai 1918 au combat de Cuiry-House. »

Après une très longue période de repos, René Boudène peut de nouveau rejoindre son régiment le 11 novembre 1919. La France est en train de fêter la première année de l’armistice.

Le lieutenant Boudène est affecté au service des liaisons. Il souffre terriblement des conséquences de sa dernière blessure. Malgré cette situation, il doit accompagner le régiment dans tous ses déplacements, notamment lorsque celui-ci se trouve dans l’armée du Rhin, ce qu’il fait en dépensant beaucoup d’énergie.

René Boudène est de nouveau hospitalisé le 21 novembre 1920. Cet officier doit se résoudre à subir une nouvelle intervention chirurgicale qui doit avoir lieu à l’hôpital complémentaire n° 36 de Nice.

Quelques semaines plus tard, la commission spéciale de réforme de Nice met fin à sa carrière de soldat dans sa séance du 21 janvier 1921. Sur sa demande, il est mis à la retraite avec une invalidité de 90 %. Le lieutenant Boudène est rayé des cadres en mai 1921.

Il épouse en secondes noces, Germaine Petitjean en 1929, à Nice, après un premier mariage avec Anne de Hulewiez en 1921. La descendance de cet ancien officier du 149e R.I., n'est pas connue.

En 1924, René Boudène est directeur de la société de fabrique de Bicyclette L.B.P. qui est implantée au 168 chemin de Neuilly à Neuilly-sur-Seine.

La date et le lieu de son décès ne sont pas encore identifiés. La date du 30 juin 1930 est pourtant bien inscrite dans son dossier qui est consultable sur la base Léonore, mais celle-ci ne semble pas être tout à fait exacte. En effet, le décès de René Boudène est évoqué dans un petit article qui a été publié dans le mensuel numéro 68 de la revue « les échos des anciens combattants » du mois de mai 1930. Les membres de l’association « la Moselle » des anciens des 149e R.I. et 349e R.I. qui l’on bien connu se sont proposés pour aller se recueillir sur sa sépulture qui se trouve dans le cimetière communal de la ville d’Asnières.

Le lieutenant Boudène a été décoré de la croix de guerre avec deux palmes et une étoile de vermeil.

Citation à l’ordre n° 286 du 21e C.A. du 12 septembre 1916 :

« Officier très actif et très courageux. A été blessé le 5 septembre 1916 en se portant en avant à la tête de sa section sous un tir de barrage ennemi très violent.»

Citation à l’ordre n° 587 de la VI e l’armée du 10 juin 1918 :

« Officier de tout premier ordre. A entraîné dans un élan magnifique et à trois reprises différentes sa section à l’assaut d’une position ennemie en dépit d’un feu de mitrailleuses d’une violence inouïe. Fit l’admiration de tous ses hommes et de ses chefs. A été grièvement blessé au cours de la conquête de son objectif.»

René Boudène est fait chevalier de la Légion d’honneur le 5 novembre 1917 par le général commandant en chef. Il peut également fixer une deuxième palme à sa croix de guerre en même temps qu’il reçoit cette décoration. 

« Officier d’une bravoure au dessus de tout éloge. Le 23 octobre 1917, ayant eu le poignet gauche brisé en sortant de la parallèle de départ, a néanmoins continué à se porter en avant, prenant le commandement de la compagnie dont le chef venait d’être mis hors de combat, et l’entraînant avec un élan superbe jusqu’à ses objectifs en dépit d’un feu violent de mitrailleuses. Il n’a quitté le champ de bataille que lorsque sa troupe fut installée et complètement organisée sur le terrain conquis. Une blessure antérieure, une citation. »

Il est promu dans le grade d’officier de la Légion d’honneur le 12 avril 1924.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du lieutenant Boudène est extrait du tableau d’honneur de la guerre 14-18, publié par la revue « illustration ».

La photographie représentant le lieutenant Boudène sur une luge provient de la collection personnelle de N. Bauer.

Le lieutenant Boudène possède un dossier dans la base Léonore. Pour le lire, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante et inscrire son nom dans la colonne appropriée.

Site_base_Leonore

La revue « les échos des anciens combattants » est consultable en cliquant une fois sur l’image suivante.

Gallica

Un grand merci à N. Bauer, à M. Bordes, à A. Carobbi, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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