01 janvier 2016

Louis Claude François Marie Lurion de l’Égouthail (1886-1914).

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Louis Claude François Marie Lurion de l’Égouthail voit le jour dans la ville de Saint-Étienne le 19 décembre 1886. À cette date, son père, Roger Jean Alexandre, est un avocat de la cour d’appel de Besançon. Sa mère, Marie Thérèse Légier de Lagarde,  est une femme qui n’exerce pas de profession. Ses parents sont tous deux âgés de 28 ans au moment de sa naissance.

Louis Claude François Marie Lurion de l’Égouthail est l’aîné d’une fratrie de trois enfants qui terminera ses études avec son baccalauréat es lettres et es sciences en poche.

Le jeune homme est très attiré par une carrière militaire et il s’imagine bien pouvoir devenir officier. Pour cela, il tente et réussit le concours d’entrée de l’école spéciale militaire.

Une loi qui a été votée en 1905 oblige maintenant tous les futurs élèves saint-cyriens à servir durant une année dans un régiment avant de commencer les études.

Après avoir réussi son concours, Louis se rend à la mairie de Besançon pour venir y signer un engagement volontaire d’une durée de 4 ans. Le 10 octobre 1907, il est affecté au 42e R.I. qui se trouve à Belfort.

C’est donc en tant que simple soldat qu’il franchit le porche de la caserne Bougerel.

Nommé caporal le 26 août 1908, il lui faut encore avoir un peu de patience pour pouvoir commencer les cours à Saint-Cyr.

Louis Lurion de l’Égouthail intègre la promotion de Mauritanie de l’école spéciale militaire le 20 octobre 1908.

Il obtient ses galons de sergent le 27 janvier 1909, puis ceux d’aspirant le 16 mai 1910.

Sa formation d’officier s’achève le 7 août 1910. Bien loin du major de promotion, il termine à la 185e place sur 217 élèves classés.

 Le chef de bataillon directeur des exercices militaires de l’infanterie écrit la note suivante sur sa feuille de notes :

« Travailleur, caractère très droit, ouvert, un peu insouciant. Tempérament un peu trop calme. Commanderait bien s’il avait plus de confiance en lui-même. »

Il est temps pour lui de quitter ses camarades de la 93e promotion.

Louis Lurion de l’Égouthail est affecté comme sous-lieutenant au 60e R.I.. Mais avant de rejoindre sa nouvelle unité d’affectation, il a droit à quelques semaines de repos.

Le jeune sous-lieutenant se rend dans son nouveau régiment au début du mois d’octobre 1910, pour prendre ses fonctions de chef de section à la 14e compagnie du 60e R.I..

Le 60e R.I. qui est encore un régiment à 4 bataillons, possède un bataillon qui n’est pas cantonné à Besançon. Pour le trouver, il faut se rendre dans la cité spinalienne. En effet, celui-ci compose, avec les 4e bataillons des 21e, 44e et 149e R.I., le groupe de forteresse de la place d’Épinal. 

Groupe_de_Forteresse_de_la_place_d_Epinal_annee_1911

Cet officier apprend, dès son arrivée à Épinal, qu’il doit rejoindre le fort de bois l’Abbé qui se trouve à Uxegney. Il ne quittera cet endroit que le 30 juillet 1911.

Le jeune homme est nommé lieutenant deux mois plus tard.

Louis Lurion de l’Égouthail est de nouveau affecté dans un fort à compter du 1er octobre 1912. Mais cette fois-ci, c’est au fort Longchamp qu’il doit se rendre.

Le lieutenant Lurion de l’ Égouthail a pris beaucoup de maturité depuis sa sortie de l’école spéciale militaire. Il est maintenant très bien noté par ses supérieurs. En 1912, le colonel Pillot  responsable du  60e R.I. rédige la note suivante à son sujet :

« C’est un jeune officier sérieux, intelligent, s’acquittant avec zèle de ses devoirs. Très vigoureux, très apte à faire campagne, pratique les exercices physiques. Il donne entière satisfaction à ses chefs sous tous les rapports. A pris part aux manœuvres de la Haute-Moselle où il s’est bien comporté. »

Début 1913, le groupe de forteresse de la place d’Épinal est en train de vivre ses derniers instants. Les 4 bataillons qui le composent vont être rassemblés pour donner naissance à un nouveau régiment.

Le 15 avril 1913, Louis Lurion de l’Égouthail coud le numéro 170 fraîchement créé sur son col de vareuse et sur son képi.

Il quitte le fort Longchamp le 30 juillet 1913.

Une décision ministérielle du 9 octobre 1913 l’affecte au 149e R.I. Le voyage pour le changement d’affectation ne sera pas bien long. Il lui suffit tout simplement de faire déplacer sa cantine à la caserne Courcy qui se trouve également à Épinal.

Louis est âgé de 27 ans au début de la campagne contre l’Allemagne ; il est responsable d’une section de la 3e compagnie qui se trouve sous les ordres du capitaine Isler.  

Le 9 août 1914, le lieutenant Lurion de l’Égouthail participe avec ses hommes au baptême du feu du régiment. Cet évènement se déroule au Renclos-des-Vaches, près de Wisembach. Quelques jours plus tard, il se trouve une nouvelle fois sous le feu ennemi dans le secteur d’Abreschviller.

Il sort indemne de ces deux expériences de guerre, mais cela ne dure pas…

C’est à la tête de sa section que le lieutenant Lurion de l’Égouthail trouve la mort le 26 août 1914,au cours des combats qui se sont déroulés dans le secteur du col de la Chipotte.

Un compte-rendu d’inhumation, datant du 19 juin 1919, fait savoir que le lieutenant Lurion de l’Égouthail a été enterré, dans un premier temps, à 600 m du dépôt de Ménil-sur-Belvitte dans une sépulture qui portait le numéro 173. Son corps est ensuite transporté au cimetière de Ménil-sur-Belvitte pour y être enseveli dans une nouvelle tombe portant le n° 68 bis, avant que celui-ci ne soit rendu à la famille pour être déposé dans un caveau familial.

Citation à l’ordre n° 44 de la Xe Armée du 11 janvier 1915 :

« A été tué au combat le 26 août en se portant en avant de sa section afin d’observer les mouvements de l’ennemi. Avait fait preuve depuis le commencement de la campagne de brillantes qualités d’énergie et d’entrain »

Le lieutenant Lurion de l’Égouthail a laissé une petite correspondance. Celle-ci peut se lire en cliquant une fois sur l’image suivante :

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Le mémento indique qu'il était d'une famille catholique pratiquante et quelques allusions dans ses lettres montrent qu'il était également croyant.

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de la Défense de Vincennes.

Le portrait du lieutenant Lurion de l’Égouthail provient de la collection  personnelle de M. Lurion de l’Égouthail.

Un grand merci à M. Bordes, à M. Lurion de l’Égouthail, à É. Mansuy, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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08 janvier 2016

Félix Marius Rémy Bois (1893-1914).

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Né de Rémy et de Marie Serre, Félix Marius Rémy voit le jour le 13 octobre 1893, dans le petit village ardéchois de Chanéac.

Son père est un homme âgé de 39 ans qui travaille la terre. Sa mère exerce la profession de ménagère. Elle a 29 ans.

À peine sorti de l’enfance, Marius quitte l’école pour venir pratiquer le difficile métier de cultivateur, sans doute sous le regard attentif paternel.

L’année de ses vingt ans, il est inscrit sous le numéro 8 du canton de Saint-Martin-de-Valamas. De constitution robuste, Marius Bois se retrouve classé dans la 1ère partie de la liste en 1913, après avoir été déclaré « bon pour le service ».

Il est temps pour lui de troquer ses outils aratoires avec le Lebel et l’as de carreau. À cette période de son existence, Marius est bien loin de s’imaginer qu’il n’aura plus jamais l’occasion d’utiliser la charrue et la faux… Du haut de ses vingt ans, il sait bien qu’il a toute la vie devant lui…

L’homme est incorporé le 25 novembre 1913 à plus de 500 km de son domicile. C’est certainement avec un peu d’angoisse au ventre qu’il s’apprête à quitter, pour la première fois de son existence, sa région natale. Il doit se rendre à Épinal pour intégrer le 149e R.I..

Marius Bois est toujours sous les drapeaux lorsque le conflit contre l’Allemagne éclate en août 1914.

C’est maintenant un soldat aguerri par de longs mois de formation, et qui vit au sein d’une escouade de la 9e compagnie sous les ordres du capitaine Souchard.

Son régiment, qui fait partie des troupes de couvertures, doit se diriger vers la frontière quelques jours avant la déclaration de guerre officielle.

Pour lui, la guerre sera très brève. Son nom figure dans la liste des blessés du 26 août 1914 du J.M.O. du régiment.

Son corps est retrouvé en 1916 dans des circonstances qui restent inconnues (ouvertures des fosses communes de 1914 ?)

Ce n’est que le 17 mai 1920 que le tribunal civil de première instance de Tournon, à la requête du procureur de la République, rend officiel la mort de Félix Bois à cette date. Un mois plus tard, son acte de décès est retranscrit dans les registres d’état civil de la mairie de la commune qui l’a vu naître.

Marius ne s’est pas marié. Il était l’aîné d’une fratrie de trois enfants.

Le nom de cet homme est gravé sur la plaque commémorative paroissiale qui se trouve à l’intérieur de l’église de Chanéac et sur le monument aux morts, inauguré le 5 décembre 2014, qui est situé à l’entrée du cimetière du village.

Le soldat Marius Bois a été décoré de la Médaille militaire à titre posthume (J.O. du 19 décembre 1919).

« Très brave soldat ; s’est révélé un combattant plein d’entrain et de courage. À été mortellement atteint le 26 août 1914. »

Cette citation lui donne également droit à la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de la journée du 26 août 1914, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

149e_R

Le soldat Bois repose actuellement dans une sépulture individuelle qui se trouve dans le cimetière national français de Rambervillers. Sa tombe porte le numéro 653.

Sepulture_Felix_Marius_BOIS

Sources :

Le portrait de Félix Bois a été trouvé sur le site « MémorialGenWeb »

Le site des archives départementales de l’Ardèche ainsi que ceux de « Mémoire des hommes », de « Généanet » et de « Gallica » ont été consultés pour construire cette petite note biographique.

Un grand merci à M. Bordes, à J.C. Balla, à A. Carrobi, au Service Historique de la Défense de Vincennes et à la mairie de Chanéac.

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16 janvier 2016

27 août 1914.

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Le 1er bataillon du 149e R.I., qui est le seul des bataillons à avoir combattu la veille, se trouve à Saint-Benoît. Les 2e et 3e bataillons, qui se sont « contentés » de travailler une bonne partie de l’après-midi à la construction d’un centre de résistance, sont cantonnés à Brû.

Épuisés, la plupart des hommes ont pu dans la soirée s’accorder quelques instants de répit, sous l’œil vigilant de petits groupes de sentinelles. Mais le repos va être une nouvelle fois de courte durée !

Les « pantalons garances » du régiment doivent se tenir prêts à reprendre les armes dès 5 h 00. Mais personne ne connaît encore les ordres d’opérations qui vont être donnés pour la journée. Ceux-ci arrivent quarante minutes après le rassemblement des hommes entre les mains du colonel Menvielle.

À 6 h 30, les 2e et 3e bataillons et quelques éléments du 1er bataillon se rendent isolément sur les emplacements du 26 août au nord du village.

Le colonel du 149e R.I. et le général de brigade Pillot font un état des lieux des positions occupées par le régiment à 8 h 00.

Vers 9 h 30, les fractions du 1er bataillon qui se trouvaient encore à Saint-Benoît le 26 au soir, rejoignent le régiment sous le commandement du capitaine Lescure. Le lieutenant-colonel Escallon retrouve le colonel Menvielle un peu plus tard.

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Séparé depuis plusieurs jours, le 149e R.I. est à nouveau reconstitué en 3 bataillons.

Il conserve sa mission d’occupation du centre de résistance du côté de la cote 372 au nord de Brû.

Il faut maintenant penser à la reconstitution des compagnies qui ont subi de lourdes pertes dans les combats des journées précédentes. Un détachement de réservistes du dépôt, que l’âge aurait pu destiner à être employés au 349e R.I., arrive dans le secteur à 15 h 15.

Le général de brigade Pillot envoie le renseignement suivant à 15 h 40 : « On nous signale une attaque allemande sur le front de la 43e division venant du  nord-ouest. C’est très vague. Le renseignement m’a été envoyé par le général commandant la division à titre d’indication »

Par mesure de sécurité, le 149e R.I. reçoit l’ordre de couvrir le cantonnement de Brû.

Son 2e bataillon doit se porter en arrière de la cote 372, en face de la lisière du bois. Le capitaine François positionne une de ses compagnies à la corne du boqueteau qui se trouve à 800 m au nord-ouest de Brû.

Le 3e bataillon se place à l’est de la cote 372 entre celle-ci et la cote 380. Deux de ses compagnies constituent une réserve. Elles demeurent en cantonnement d’alerte aux maisons, à 800 m à l’est de l’église de Brû.

Le 1er bataillon reste rassemblé à la lisière nord de Brû.

Sur la défensive, le régiment attend de pied ferme l’ennemi, mais celui-ci ne se montrera pas.

Le colonel Menvielle reçoit l’ordre de stationnement du 27 au 28 août à 21 h 20. Il doit diriger ses bataillons en direction de Saint-Gorgon.

Le 149e R.I. doit quitter sa position à 22 h 35. Les hommes se rassemblent à l’ouest de Brû, sur la route de Rambervillers.

La 2e compagnie part la première. Ses soldats, sous les ordres du capitaine Crépet, doivent s’occuper de l’installation du campement.

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Sources bibliographiques :

J.M.O. du 149e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/9.

« Opérations du 21e Corps d’Armée » général Legrand-Girarde, aux éditions Plon Nourrit Cie.

Historique du 149e  Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

La photographie de groupe de soldats du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à É. Mansuy, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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22 janvier 2016

28 août 1914.

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Le 149e R.I. a quitté le village de Brû tard dans la soirée du 27 août, après avoir attendu l’ennemi au nord du village tout l’après-midi.

Les bataillons sont arrivés à Saint-Gorgon aux alentours d’1 h 00. Les hommes, écrasés de fatigue, s’installent dans les cantonnements préparés par la 2e compagnie du capitaine Crepet.

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Après quelques heures de sommeil peu réparateur, les soldats du colonel Menvielle reçoivent l’ordre de venir occuper un secteur au nord de Rambervillers. Il faut rebrousser chemin.

Le 149e R.I. quitte Saint-Gorgon pour venir occuper un secteur autour de la ferme de Métendal. Le 2e bataillon du régiment occupe les bâtiments de la ferme. Le reste du régiment est en réserve.

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Vers 15 h 30, l’artillerie lourde allemande ouvre un feu très nourri aussitôt après le passage d’un de ses avions sur les tranchées françaises. Le capitaine de Chomereau de Saint-André est blessé au cours de ce bombardement. Il doit quitter sa 8e compagnie pour aller se faire soigner vers l’arrière.

Le sous-lieutenant de Longeaux, grièvement blessé, décède le 28 août dans le petit village d’Azerailles, malgré les soins prodigués par les médecins allemands. Cet officier avait été laissé sur le terrain le 25 août, dans le secteur de Bazien, après la retraite de sa compagnie.

Sources bibliographiques :

J.M.O. du 149e R.I.. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 696/8.

J.M.O. de la 85e brigade. S.H.D. de Vincennes. Réf : 26 N 520/9.

« Opérations du 21e Corps d’Armée » général Legrand-Girarde, aux éditions Plon Nourrit Cie.

Historique du 149e Régiment d’Infanterie. Épinal. Imprimerie Klein, 1919.

Les archives du Service Historique de la Défense de Vincennes ont été consultées.

La photographie de groupe de soldats du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carobbi, à É. Mansuy, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

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29 janvier 2016

Jean de Longeaux (1892-1914).

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Marie Joseph Xavier Sébastien Jean de Longeaux voit le jour le 5 mai 1892 dans la commune meusienne de Saint-Mihiel.  À sa naissance, son père Marie Étienne Albert Xavier Joseph, qui est âgé de 26 ans, est lieutenant de cavalerie au 6e régiment de chasseurs. Sa mère, Marie Louise Voisin, est une jeune femme âgée de 21 ans. Elle met au monde le petit jean dans leur appartement de la rue de la Buanderie.

Mutation du père oblige ! Jean quitte le département de la Meuse pour venir vivre à Melun. Il est à peine âgé de quelques mois. C’est dans cette ville qu’il va passer une grande partie de sa petite enfance.

Jean de Longeaux est inscrit au collège Saint Pierre Fourier qui se trouve à Lunéville, puis à celui de Pontlevoy.

Après avoir obtenu son certificat d'études secondaires du 1er degré, il poursuit ses études au lycée Sainte-Geneviève de Versailles, entre 1909 et 1912. Le baccalauréat en poche, le jeune homme souhaite marcher sur les traces de son père. Tout comme lui, il tente et réussit le concours d’entrée de l’école spéciale militaire.

Jean sera élève de la 97e promotion Saint-Cyrienne, dite promotion de Montmirail (1912-1914). La première année de sa formation doit se dérouler dans un régiment. Il rejoint la ville de Colmar pour intégrer le 152e R.I..

Avec les 461 élèves de sa promotion, il commence les cours théoriques en octobre 1913. Le programme des deux années d’études doit être avalé en une seule ! Une loi qui a été votée la même année a modifié la formation des futurs officiers et c’est la promotion Montmirail qui se retrouve « à cheval » entre l’ancienne et la nouvelle manière d’enseigner.

Fin juillet 1914, les examens de sortie de la promotion Montmirail sont en train de se dérouler. Les jeunes hommes s’apprêtent à rejoindre leur régiment d’affectation le 1er août. Mais les nouvelles ne sont pas bonnes, la situation européenne s’aggrave… Les menaces de guerre se profilent…

Le mercredi 29 juillet, l’école est consignée, les examens sont suspendus. Il faut rejoindre les régiments d’affectations au plus vite.

C’est avec ses galons d’officier flambant neuf que Jean de Longeaux arrive à Épinal le 2 août 1914. Deux camarades de promotion, les sous-lieutenants Charlois et Cholley ont fait le voyage avec lui.  Les trois hommes, qui ont été affectés au 149e R.I., rejoignent la caserne Courcy qui est le dépôt du régiment. Les effectifs en officiers des régiments, incomplets, ont été complétés par de jeunes officiers comme de Longeaux.

Le 4 août au soir, le sous-lieutenant de Longeaux quitte Épinal pour rejoindre le régiment. Celui-ci est en cantonnement du côté de la Houssière, à quelques kilomètres de Corcieux.

Le 149e R.I. est déjà en position puisqu’il fait partie des troupes de couverture. Les réservistes et les sous-officiers, en complément, arrivent dans un deuxième temps.

Le lendemain, sur ordre du colonel Menvielle, le sous-lieutenant de Longeaux doit se rendre à la 7e compagnie. Le capitaine Coussaud de Massignac lui confie le commandement d’une section de sa compagnie.

Jean a tout juste 22 ans. Excepté son passage au 152e R.I., il n’a pratiquement aucune expérience du terrain et « l’art du commandement » d’un groupe de 58 hommes (dont 2 sergents et quatre caporaux) qui connaissent, pour la plupart, parfaitement bien leur métier de soldat, est loin d’être une évidence pour lui.

Qu’à cela ne tienne, il va falloir très vite faire valoir ses compétences et son autorité !

Il ne lui faut pas longtemps pour faire ses preuves. Le 9 août, c’est le baptême du feu pour le régiment et pour le jeune officier. Celui-ci va montrer son courage en chargeant cinq fois consécutives, au sabre pour lui, à la baïonnette pour ses hommes, en direction de l’ennemi.

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

Renclos_des_Vaches_2

Le 17 août, la 7e compagnie est installée à Diespach. Le sous-lieutenant de Longeaux prend le temps de rédiger la lettre suivante à son ami Jacques de Villepin :

D… [ Diespach], Alsace, le 17 août 1914

Voici trois jours que le … [149e] Régiment d’Infanterie a passé la frontière au col de Saales. Le dimanche 9, nous avons eu un combat très violent aux Chaumes de Lusse, près du col de Sainte-Marie-aux-Mines. Avec deux bataillons, nous avons attaqué cinq bataillons retranchés dans des barbettes énormes. Le combat a duré toute la journée. Cinq cents hommes hors de combat chez nous et 18 officiers sur 33 que nous étions. Le commandant … [de Sury d’Aspremont] a été tué.

J’ai chargé cinq fois à la baïonnette et je me demande comment je n’y suis pas resté. En somme, le combat a été indécis. À 17 h 00, le colonel a dû rappeler les compagnies engagées depuis le matin et qui subissaient des pertes énormes. Deux compagnies, dont la mienne, furent chargées de couvrir la retraite. Nous étions sous bois, au bord d’une large allée qui aboutissait aux positions allemandes. Vers 17 h 30, le combat cessant, un silence de mort s’établit dans le bois, succédant à la fusillade et au crépitement des balles que nous entendions depuis le matin.

Soudain, à 18 h 00, la charge allemande retentit à l’entrée du bois. Ils prenaient l’offensive. C’était une espèce de musique brutale, saccadée, assez impressionnante, mais que couvrit bientôt le ronflement de leurs mitrailleuses. Nous étions littéralement arrosés. Puis, ce fut la contre-attaque. Nos charges, la mêlée, le vrai combat ! À côté de moi, les hommes tombaient comme des mouches. La fusillade, le crépitement des mitrailleuses, les hurlements des blessés,  le râle des mourants, le sifflement des balles et les lueurs fantastiques qu’elles jetaient en ricochant sur les arbres. Tout cela faisait un tableau effrayant. Je ne me connaissais plus… J’ai tué un Allemand qui voulait m’embrocher avec son sabre, mais j’étais trop occupé à rallier des hommes, à les relancer à l’attaque pour faire autre chose que de me défendre.

Au bout d’une demi-heure, les Allemands fichaient le camp, comme des lapins et rentraient se cacher dans leurs tranchées. Nous étions trop décimés, trop épuisés pour continuer le combat. Nous gardions nos positions. C’était l’essentiel. Mais quelle nuit au milieu de ce charnier ! C’était épouvantable !

Jusqu’à avant-hier 15, nous avons continué notre rôle de couverture, perdant trois chefs de bataillon, 2 tués et 1 blessé.

Enfin, il y a 3 jours, nous avons passé la frontière, et à D… [Diespach], le 14, nous nous sommes heurtés à des forces énormes barrant la vallée de Brüche. De 8 h 00 à 18 h 00 combat d’artillerie. Nos artilleurs furent splendides d’héroïsme et d’entrain. À 18 h 00, on nous lançait à l’assaut des hauteurs de D…[Diespach], et à 18 h 30, je sautais dans les tranchées allemandes qui venaient d’être précipitamment abandonnées. Mais cinq minutes après, ma section et moi, nous étions accueillis par un feu d’enfer qui partait des hauteurs voisines. Nous avons été heureusement dégagés par les chasseurs à pied et quelques obus bien dirigés. À 19 h 00, les Allemands arboraient le drapeau blanc à la ferme de D…

Nous avions 600 prisonniers allemands, un drapeau (le 1er pris), 6 canons, un matériel énorme entre les mains. Je me promène actuellement avec un sabre magnifique dont la lame, armoriée d’un écu français, porte la mention « PARIS 18573. Ils nous l’ont volé en 70, probablement.

Voici en deux mots le récit de deux engagements où j’ai reçu le baptême du feu. Le 2e est une victoire magnifique ! Bien que ce soit un combat partiel, c’est le combat de D… [Diespach],  qui permet à la 1ère armée de faire sa marche sur Molsheim.

Au revoir mon vieux ! Fais ton service sérieusement. Tâches de rejoindre vite le… Pour cela, sois bon marcheur et bon tireur et tu seras vite mobilisé.

Au revoir ou adieu ; je ne sais si je reviendrai ; mais cela ne fait rien !

Ton ami

Jean de Longeaux

Le 21 août, le régiment est à nouveau engagé. Le sous-lieutenant de Longeaux participe au combat qui se déroule tout près d’Abrechviller. Son régiment est très vite en difficulté, il faut retraiter…

Pour en savoir plus sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette journée, il suffit de cliquer une fois sur l’image suivante.

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Le 25 août 1914, le sous-lieutenant de Longeaux se repose un peu avec ses hommes à Menil-sur-Belvitte. Deux des bataillons du 149e R.I. y sont installés depuis la veille.

À 4 h 00, l’ennemi est signalé dans le bois de Glonville, à quelques kilomètres de là. Le réveil est rapide, les 2e et 3e bataillons du 149e R.I. doivent se tenir prêts à intervenir au plus vite. Le sous-lieutenant de Longeaux est désigné pour faire la tête d’avant-garde avec son peloton.

Arrivé à hauteur de Bazien, il est avisé que les 2e et 3e bataillons du régiment vont devoir stationner dans le secteur. Il reçoit l’ordre de couvrir le rassemblement.

Rapidement, il se rend compte que l’ennemi est tout proche, à la lisière des bois. Il faut essayer d’en savoir plus…

Un sergent voit de loin le sous-lieutenant de Longeaux, debout au milieu des blés, fouillant avec sa lorgnette la bordure de la forêt. On entend un feu violent de mitrailleuses et de mousqueterie… Au moment où la liaison est vérifiée, on ne trouve personne…

L’officier a été très grièvement blessé d’une balle reçue dans le ventre. Relevé par l’ennemi il est porté à Azerailles où il meurt le 28 août, assisté d’un aumônier catholique. Le sous-lieutenant de Longeaux est décédé dans la maison de Camille Hellé où il était soigné par les médecins allemands.

Bazien_Azeraille

Dans un très court billet qu’il écrit à sa famille le 23 août 1914, on peut lire : « … J’ai le pressentiment que je vais y rester ce soir, et je vous écris ce mot pour vous dire adieu. Je tiens à vous assurer que je suis mort la conscience en  règle, en faisant mon devoir, en pensant à Dieu, à vous, à papa. »

Le sous-lieutenant de Longeaux a certainement été dans un premier temps enterré à Azerailles.

Après la guerre, la famille demande à récupérer le corps de l’officier pour qu’il puisse reposer auprès des siens. Jean de Longeaux est enterré dans le cimetière communal de La Gacilly.

S_pulture_Jean_de_Longeaux

Le sous-lieutenant de Longeaux a obtenu la citation suivante :

Citation à l’ordre de l’armée : (ordre n° 79 du 8 juin 1915)

« Officier d’une très grande bravoure. Au combat du col de Sainte-Marie, le 9 août 1914, a montré le mépris le plus absolu du danger en entraînant sa section sous une grêle de balles. A été blessé mortellement à Ménil-sur-Belvitte (Vosges), en résistant jusqu’au bout contre un ennemi très supérieur en nombre. » Signé d’Urbal.

Le sous-lieutenant de Longeaux a été fait Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume le 4 septembre 1919 (publication dans le J.O. du 17 octobre 1919).

Sources :

Dossier individuel consulté au Service Historique de Vincennes.

Informations fournies par la famille du sous-lieutenant Jean de Longeaux.

Livre d’or de l’école Sainte-Geneviève (1854-1924). 576 pages. Imprimerie de Catalar frères. 1925.

La photographie de la sépulture du sous-lieutenant Jean de Longeaux et la lettre qu’il a adressée à son ami Jacques de Villepin m’ont été envoyées par le général de Longeaux (avec sonaimable autorisation pour leurs publications dans cette notice biographique).

Il faut se reporter au site « la Saint-Cyrienne » pour avoir un complément d’information concernant la promotion Montmirail.

La_saint_Cyrienne

Un grand merci à M. Bordes, à A. Carrobi, au général D. de Longeaux, à M. Porcher et au Service Historique de la Défense de Vincennes.

 

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