07 juillet 2010

Indicibles souffrances.

Carte_photo_2

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Une Gorgone Sarrysienne ».

 

 La semaine qui vient de s’écouler du 7 au 14 septembre inclus fut pour mon compte personnel, la plus pénible. Ce fut la plus dure de toute la campagne. Nous avons terriblement souffert de la faim, de la soif, du manque de repos, de la chaleur, de la pluie et d’un épuisement physique complet. Même à présent, je me demande comment nous avons pu supporter tout cela. Vraiment, la résistance humaine a des ressources insoupçonnées. Il est vrai que le facteur moral a dû jouer un rôle primordial. Il est probable que si au lieu d’être les poursuivants nous avions été  les poursuivis, avec toutes ces misères nous serions tombés aux mains de l’ennemi. D’abord la faim, et cela pendant 7 jours. Nous avons simplement touché une boule de pain au moment de partir de Carte_Cuperly__La_CheppeWassy… Le 10 septembre, nous recevons un peu de  café et une ration de légumes. C’est tout !!! Pendant les opérations mouvementées du début de la campagne, et par la suite, à chacun de nos déplacements dans un secteur nouveau éloigné du précédent, nous avons été souvent plusieurs jours sans ravitaillement. Cela tient  à nos changements journaliers et rapides. La plupart du temps, notre train régimentaire ne pouvait pas nous atteindre. De plus, en tant que brancardiers, nous sommes souvent répartis par équipe de 4 hommes dans des compagnies souvent éloignées les unes des autres. Nous ne pouvons pas, dans ces conditions toucher nos distributions. Pendant la bataille de la Marne, nos convois de vivres ne nous trouvèrent qu’une seule fois, près de Dampierre. Cela, juste avant la poursuite des Allemands. Ce que nous avons reçu fut plutôt maigre … Du café, du sucre et une ration de légumes, lesquels ne furent jamais cuits. Nous avons connu la faim… Pour chercher à la tromper, nous mâchions des feuilles d’arbres le plus souvent… Très heureux quand nous trouvions une plante de rhubarbe dans un jardin. (Mais le camp de Mailly n’est pas, à proprement parler un potager.) Ce régime pouvait être efficace pour une personne obèse, mais il n’est pas recommandé pour les troupes en campagne. La soif, ah la soif ! Ça, c’est le plus terrible. Marcher sous un soleil ardent et n’avoir rien à boire… La gorge est sèche, plus de salive. Les puits que nous rencontrions étaient souillés. Défense était faite d’y puiser de l’eau. La souffrance était d’autant plus atroce que tout le long du trajet, des bouteilles de champagne vides jalonnaient notre route. Nous étions heureux quand il pleuvait. Nous sucions nos pans de capote, ou l’extrémité des toiles de tente. Nous essayions de recueillir quelques gouttes dans nos bidons en formant une gouttière. Après, nous n’en avions que plus soif. Nous aurions bien aimé plonger la tête dans de l’eau fraîche et boire goulument, longuement, très longuement. Pour apaiser la soif, nous utilisions un truc qui était assez efficace, qui consistait à mettre un petit caillou dans la bouche, cela maintenait un peu de salive. C’est tout ce que nous pouvions faire. Le manque de sommeil et de repos est pénible également. Marcher de jour cela passait encore, mais de nuit c’était plus dur. Machinalement nous fermions les yeux. Quand un arrêt se produisait, nous allions buter la face dans le sac ou l’ustensile de campement de celui qui nous précédait. Sitôt arrêtés, nous nous couchions par terre et le sac comme oreiller, sans même le déboucler. Nous ronflions immédiatement comme dans un lit bien moelleux. En fait de lit, ce n’était souvent qu’un tas de cailloux. (À suivre …)

La photographie de groupe a été réalisée avant le début du conflit.

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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11 juillet 2010

Livre d'or de l'école professionnelle de Nancy.

Livre_d_or_de_l__cole_professionnelle_de_NancyLes citations suivantes ont été relevées dans le livre d’or de l’école professionnelle de l’est de Nancy. Cet ouvrage a été réalisé par l’association amicale des anciens élèves de l’école professionnelle Loritz et de l’école professionnelle de l’est de Nancy. Editions graphiques – Jarville – Nancy. 1922.

René Bœglin : (présent à l’école de 1907 à 1911). Ingénieur des Arts et Métiers. Aspirant, chef de section au 149e R.I. le 4 mars 1915, puis sous-lieutenant le 6 août 1916.

Citation à l’ordre du corps d’armée :

« Au cours de l’attaque de Lorette, le 9 mai 1915, sa section étant arrêtée par le feu d’une mitrailleuse allemande, est resté debout pour indiquer l’objectif et à entraîné ses hommes à l’assaut. Blessé peu de temps après. »

Citation à l’ordre de l’armée :

«  Tout jeune officier a dû prendre le commandement de sa compagnie, le 24 septembre dans des conditions difficiles. À montré à ce poste les plus belles qualités de courage et d’énergie et une haute idée de ses devoirs de chef. À été grièvement blessé en enlevant ses hommes sous un bombardement violent. Titulaire d’une citation à l’ordre du corps d’armée. »

Chevalier de la Légion d’honneur.

Jean Lœillet : Étudiant en pharmacie, répétiteur à l’École Professionnelle de l’Est. Sergent au 149e R.I..  A été blessé mortellement le 25 août 1914 au combat de Ménil, commune de Nossoncourt.

Citation à l’ordre de l’armée, du 13 septembre 1915 :

« Le 25 août 1914, au combat de Ménil-sur-Belvitte, a donné à ses hommes un bel exemple d’intrépidité en les entraînant en avant à la baïonnette, sous des feux extrêmement violents. Blessé très grièvement est resté sur le terrain occupé peu après par l’ennemi. Sous-officier plein d’allant. »

Pierre Sainglas : (présent à l’école de 1908 à 1913). Négociant à Nancy. Sergent au 149e R.I..

Citation à l’ordre du régiment :

« Pendant toute la période du 8 au 12 mars 1916, devant Verdun, s’est acquitté d’une façon parfaite de ses fonctions d’agent de liaison auprès de son capitaine, remplissant sa mission sous les bombardements les plus violents avec un sang-froid digne de toute éloge. »

Citation à l’ordre du G.Q.G., du 8 avril 1919 :

« Excellent sous-officier qui s’est fait remarquer par sa bravoure et son entrain aux combats livrés sur l’Yser, à Notre-Dame-de-Lorette, à Verdun. A été blessé grièvement trois fois en combattant. »

Médaille militaire : (J.O. du 24 mai 1919, rang du 8 avril 1919.)

À signaler deux soldats qui firent un passage au 149e R.I..

Paul Kuehn : (présent à l’école de 1899 à 1901). Ingénieur électricien.

Sergent au 149e R.I., puis sous-lieutenant au 249e R.I., blessé en champagne en avril 1917.

Deux citations à l’ordre de la division :

1ère citation :

« Officier très brave et très énergique. A maintenu sa section pendant 6 jours dans une tranchée constamment bouleversée par les obus et les torpilles et a repoussé une violente attaque allemande en lui infligeant de fortes pertes. »

2e citation :

«  Officier d’une énergie et d’un sang-froid remarquables. Grièvement blessé le 28 mars 1917 en conduisant, sous un feu violent d’artillerie lourde, une reconnaissance au contact de la position ennemie. Son détachement ayant été décimé est resté seul avec trois hommes, cherchant par tous les moyens à accomplir sa mission. »

Chevalier de la Légion d’honneur (J.O. du 1er janvier 1921.)

Edgard Bachoffner : (présent à l’école de 1909 à 1913). Agent en douane et transport. Soldat aux 21e, 149e et 174e R.I..

À été blessé le 21 juillet 1918, à l’attaque de Bézu-Saint-Germain.

Citation à l’ordre du 174e R.I., du 5 août 1918 :

«  Soldat brave et dévoué. S’est très bien conduit pendant l’attaque du 18 juillet, au cours de laquelle il a montré un entrain remarquable. »

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17 juillet 2010

Sergent Marie Joseph Thiriat (1891-1914).

               Sergent_Thiriat__1_

 

Né le 2 février 1891  à Harol, village situé sur le canton de Dompaire dans le département des Vosges. Il est le fils de Charles et d’Elie Sidonie Perrin. Marie Joseph Thiriat a été élève au séminaire de Saint-Dié. Sergent à la 5e compagnie, il est tué le 9 août 1914 par suite de coup de feu à l’ennemi.

Quelques jours après le commencement de la guerre, il écrit à une de ses tantes qui vit à Saint-Dié les quelques lignes suivantes : 
 

«  Rassure-toi, je suis encore en vie. D’ailleurs, nous n’avons pas encore vu les Allemands. Nous attendons l’arme au bras. La frontière est là, toute proche… Nous faisons une cure d’air dans les sapins. Pas de poulet, mais du singe à volonté. Nous ne sommes pas malheureux. Nous sommes gais comme des pinsons. On chante, on rit, en attendant la danse… » 
 

Le billet n’est pas daté, mais il est très facile de lui en donner une. C’était deux ou trois jours avant, ou même peut-être la veille de la grande attaque des cols, de celui de Sainte-Marie en particulier, qui eut lieu le dimanche 9 août 1914. 
 

Ses derniers instants… 
 

Debout au milieu de ses hommes, le sergent Thiriat fonça sur l’ennemi comme un lion. Touché par une balle, il s’arrêta subitement, il avait le poignet brisé. Aller au poste de refuge pour se faire panser de suite semblait être indiqué. Ses hommes le lui criaient, mais il secoua la tête et n’en fit rien. Tirant de son sac les linges qui s’y trouvaient, il fit lui-même de sa main libre le pansement sommaire de celle qui était blessée. Couchez-vous, lui cria-t-on, les Allemands vont vous apercevoir !... Grand comme il était, il pouvait être distingué. Mais une seconde balle arrive. C’est le lieutenant Camus qui la reçoit à la tête et qui tombe. Le sergent Thiriat sursaute à cette vue. Il réunit ses hommes qui semblent désemparés, ceux du lieutenant frappé et les siens propres et, dans un élan nouveau, les mène au combat qui se prépare. Hélas, une troisième balle siffle, il tombe à son tour pour ne plus se relever. Cette fois, c’est à la mâchoire et à la tête qu’il est touché. Il est transporté à l’écart, il y rendit  le dernier soupir dans la nuit.

 

Un très grand merci à Éric Mansuy.

 

Référence bibliographique : « Reliques sacrées » de Louis Colin. Paris, Bloud & Gay. 229 pages.

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24 juillet 2010

Entre Suippes et Souain.

                 Groupe_149e_R

De nouveau tous mes remerciements à D. Browarsky et à T. Cornet. Suite du témoignage de Louis Cretin intitulé « Indicibles souffrances ».

 

Que dire également des fatigues de la marche ! Faire 30 à 40 kilomètres, parfois davantage par 24 heures, sans manger, sans boire pendant 8 jours et nuits. De plus, nous étions chargés comme des mulets. Cela parait impossible et pourtant nous l’avons fait. Les pieds gonflés, remplis d’ampoules, ensanglantés, nous marchions, nous marchions… Dès que nous nous arrêtions quelques instants et que nous repartions, il semblait que nous marchions sur des aiguilles. Lorsqu’il pleuvait, nos pieds étaient transformés en éponges. Au soleil, le cuir des chaussures durcissait. Un soir, nous avions fait un feu de fagots. Nos chaussures mouillées se rétrécissaient au point que le matin en repartant, plusieurs soldats furent obligés de se déchausser et de marcher pieds nus ou  entourés dans des manches de chemises. Les jambes étaient raides comme des barres de fer. Les mollets douloureux. Les cuisses paraissaient détachées des os. Les reins brisés par le poids du sac, les flancs meurtris par l’équipement et les musettes… Les épaules sciées par les courroies. La tête en feu, nous marchions, nous marchions sans trêve. Quand la pluie tombait dans la nuque, elle mouillait la chemise. Au retour du soleil, l’étoffe mouillée de nouveau par la transpiration ressemblait à de la toile émeri. Ajoutez à cela ; le souci de se garer des balles et des obus, vous aurez une petite idée du martyr que nous avons subi. J’étais un gars de l’active. Deux années de service militaire m’avaient entraîné. Mais que dire des hommes de 35 à 43 ans reçus en renfort aux environs de Wassy, à Pont-Varin et Attancourt le jour où commençait pour nous cette course d’endurance. Et pourtant, ils tinrent le Carte_Suippes_Souaincoup, comme nous. Il n’y eut pas de trainards. Voilà les poilus de la Marne pris dans notre régiment. Après quelques instants de repos à Suippe, le régiment part en avant-garde. A Souain, il se trouve arrêté par une résistance inattendue et sérieusement organisée. La fusillade crépite, les mitrailleuses allemandes tirent sans discontinuer sur nos colonnes engagées dans le village et sur la route. Heureusement qu’elles tiraient un peu haut, sans cela nos pertes déjà élevées auraient été plus lourdes encore. Surpris, nos poilus se déploient en tirailleurs en attendant le jour pour pouvoir juger de la situation. Notre poursuite est suspendue (nous le pensions du moins, croyant la reprendre le lendemain matin). La musique descend avec le médecin-chef à Suippes pour installer le poste de secours régimentaire. Le pays continue à brûler. Un des nôtres découvre dans un magasin d’alimentation presque entièrement détruit, des vivres. Passant par le soupirail de la cave intact, il rapporte deux bidons de vin, un litre d’huile et de la farine. Il n’eût pas fait bon y être pris ! Le bruit courut par la suite que des hommes surpris à ramasser (je ne dis pas piller) des marchandises vouées à la destruction furent sérieusement punis. Ils passèrent en conseil de guerre. On ajoutait qu’il y eut des blessés par balles de révolver tirées par  un de nos officiers. Toujours pas de pain. Avec la farine nous confectionnons des « beignets » cuits dans l’huile. Nous mangeons et nous faisons la distribution de pinard. Un quart fut suffisant. Nous n’en aurions pas supporté davantage tellement nous étions affaiblis.  Nous nous endormîmes complètement ivre. Le matin, nous nous occupons des soins donnés aux blessés et de leur relève. Il y avait beaucoup de travail, car ils étaient très nombreux. Il nous fut impossible de rentrer dans le village de Souain tant le tir était intense. Les Allemands nous dominaient et chaque homme qui se montrait, servait immédiatement de cible. En visitant les boqueteaux  environnants. Nous assistions à l’installation de plusieurs de nos batteries de 75. Les chevaux étaient dans un état lamentable. Étant à la « corde », ils dormaient debout, appuyés les uns contre les autres. Ils étaient couverts de plaies, remplis de mouches, de vrais squelettes. Ils n’avaient pas été à la noce non plus ! Ce jour-là, nous avons été ravitaillés en abondance. Nous avons touché de tout. À la nuit nous pénétrons dans Souain et nous évacuons les blessés jusqu’au matin. Dorénavant, il en sera de même chaque nuit jusqu’à la relève. À présent, nous mangeons à notre faim et buvons à notre soif. Mais les fatigues persistent. Cet excès de nourriture survenant après tant de privations eut un effet déplorable. Le 16 septembre, c’est un repas complet pour nous !!! Des brancardiers divisionnaires nous remplacent dans notre travail. On boit ! On mange ! On dort. Nous nous réveillons et nous recommençons. On boit ! On mange ! Et ainsi de suite toute la journée. Nos cuisiniers n’arrêtent pas. Ils furent tout le temps dans leurs marmites. (A suivre...)

 

La photographie de groupe du 149e R.I. est antérieure à août 1914.

 

Un grand merci à M. Bordes, à D. Browarsky, à T. Cornet et à C. Fombaron.

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30 juillet 2010

Soldat Joseph Morellon (1894-1915).

                Caporal__Morillon

 Joseph Morellon est né le 20 novembre 1894  à Vourles, un petit village proche de Lyon. Issu d’une famille d’ouvriers, il fait ses premières classes de latin et de grec à l’école cléricale de Saint-François-de-Sales pour continuer ses études au petit séminaire Saint-Thomas d’Aquin à Oullins. Il obtient le Baccalauréat. La mobilisation, sans le distraire de ses projets, le conduisit à d’autres devoirs. Il quittera sa retraite dès les premiers jours d’août 1914. Mobilisé (S.A.). Au 149e R.I. le 6 septembre 1914, pour rejoindre le régiment qui se trouve sur le front belge aux alentours du 6  novembre 1914. Tué à Aix-Noulette le 3 mars 1915 en servant à la 8e compagnie.

Extraits de ses dernières lettres.

«  Si vous saviez comme l’on prie ici dans les tranchées… Continuez à m’écrire souvent, c’est une vraie charité que vous me faites ; car je me sens bien seul au fond des tranchées, et parfois un peu déprimé… »

Vers la fin février 1915, quelques jours avant d’être tué il écrivait :

« Depuis trois mois, je suis dans les tranchées de premières lignes. J’y souffre physiquement beaucoup, mais le moral se maintient bon… Vous reverrai-je en ce monde ? J’en doute un peu. Le secteur où je me trouve est très mauvais. En quelques semaines ma compagnie a été réduite de moitié… Je m’abandonne à la divine Providence. Je me recommande à vos bonnes prières et puis, à la grâce de Dieu !... »

 

Médaille militaire (à titre posthume) le 29 juillet 1920 (J.O. du 8 février 1921).

« Brave soldat, dévoué et courageux, tombé pour la France, le 3 mars 1915, à Aix-Noulette, en accomplissant vaillamment son devoir. »

Référence bibliographique :

 

« Livre d’or du clergé diocésain de Lyon pendant la guerre de 1914-1918. » Editions Lyon-Paris. Librairie catholique Emmanuel Vitte. 1922.

 

Un grand merci à Pascal Baude.

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