02 décembre 2009

25 et 26 octobre 1918. L’attaque de la Hunding Stellung.

                  Attaque_de_la_Hunding_Stellung     

                                       Carte_Banogne_

 

Préparatifs d’attaque

La ligne de l’Aisne est débordée et dépassée. Le massif de Saint-Gobain et Laon sont emportés le 13 octobre 1918. L’ennemi avait mis tous ses espoirs dans la position Hunding. La Ve Armée du général Guillaumat est d’abord arrêtée devant elle, puis elle se prépare à l’attaque. Les trois bataillons du 502e Régiment A.S. sont mis à sa disposition le 18 octobre. Le 4e et le 6e bataillon qui arrivent les premiers sont transportés, sur tracteurs de Reims vers Nizy-le-Comte, dans la zone du 21e C.A.. L’attaque est fixée au 25 octobre. Le 6e bataillon est affecté, à gauche, à la 170e D.I., pour opérer dans la région de Saint-Quentin-le-Petit. Le 4e bataillon marche avec la 43e  D.I. à droite, dans la région de Banogne. Les chars doivent appuyer successivement l’attaque de divers objectifs en dépassant l’infanterie. Il s’agit cette fois pour eux d’emporter des positions parfaitement organisées et qui vont être défendues avec opiniâtreté.

25 octobre 1918

Les positions de départ sont gagnées sur la rive nord du ruisseau des Barres dans la nuit du 24 au 25 octobre sous la protection d’avions masquant le bruit des appareils. L’attaque est déclenchée à 6 h 30. Les observatoires ennemis sont aveuglés par des fumigènes ; des groupes d’artillerie ont été désignés pour réduire les pièces antichars et autres résistances actives. Mais la défense contre les chars est aussi méticuleusement organisée. De nombreux minenwerfer légers sont dissimulés dans l’herbe. Des pièces de 77 sont enterrées au ras du sol. Elles sont soigneusement camouflées pour être placées généralement à la tête des ravins. Enfin, des champs de mines sont disposés principalement le long des routes et aux abords immédiats des villages. À la 43e division, les chars du 4e bataillon combattent à deux reprises avec acharnement, et cela malgré les pertes causées par les pièces antichars. Ils détruisent de nombreuses mitrailleuses et permettent ainsi à l’infanterie de progresser jusqu’aux réseaux.

L’action est recommencée le 26, avec des sections de chars reconstituées, sur la tranchée Neptune et les deuxièmes lignes. Favorisés par la brume, les chars amènent l’infanterie jusqu’à la route Saint-Quentin-Banogne. Mais ensuite l’infanterie est arrêtée et se fixe. La progression a été au total de 1 km.

                  Char_Renault_F

26 octobre 1918

Les informations suivantes proviennent du J.M.O. de l’A.S.310. Le 149e R.I. y est évoqué très succinctement. Il est tout de même possible de localiser de manière assez précise la position des deux compagnies qui sont engagées. La 43e division doit reprendre l’attaque à 9 h 00. Il faut tourner Banogne par l’ouest et par le sud. Deux sections de Chars sont reconstituées. La 3e section du lieutenant de Bayenghem et la 1ère section de l’aspirant Laugier. Ce dernier est prévenu très tard et ne  peut rejoindre sa section que durant la marche d’approche entre la position d’attente et la position de départ à 8 h 00. Dans la nuit, ces deux sections sont affectées au groupement de gauche  qui est sous les ordres du lieutenant-colonel Vivier du 149e R.I.. Elles sont mises à la disposition du bataillon Froment du 149e R.I. Ce dernier doit attaquer avec deux de ses compagnies en 1ère ligne, la tranchée de Neptune et la 2e tranchée de la ligne Hunding. La liaison s’établit dans la nuit avec ce bataillon d’attaque. La section  du lieutenant de Bayenghem est affectée à la compagnie de gauche et la section de Laugier à la compagnie de droite.    

Les sections quittent leurs positions de départ à 6 h 45. Elles franchissent à l’heure H, à 9 h 00, la ligne d’infanterie établie à 500 m sud de la route Saint-Quentin-le-Petit–Banogne. L’infanterie attaque derrière les chars. La route est franchie. Les chars parviennent à la tranchée de Neptune. Une forte brume a favorisé leur approche et leur action. L’infanterie qui à des effectifs excessivement réduits, est prise de flanc par des mitrailleuses. Ces dernières tirent à droite de Banogne et à gauche du point 78.55 de la tranchée de Neptune. Les unités françaises ne peuvent progresser au-delà de la carrière. Elles se terrent et s’accrochent au terrain. Les chars se replient derrière les escarpements situés à 100 m au nord de la route. La progression ne peut être reprise dans l’après-midi et, à la nuit, les chars regagnent leur position d’attente au cimetière de le Thour.

Références bibliographiques :

« Les chars d’assaut, leur création et leur rôle pendant la guerre 1915-1918 » du capitaine Dutil, agrégé d’histoire. Aux éditions Berger-Levrault, 1919.

J.M.O. de l’A.S. 310 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/25.

Pour en savoir plus il faut aller faire un tour du côté des J.M.O. de  l’A.S. 311 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/26 et de l’A.S 312 : S.H.A.T. sous-série 26 N 1244/27.

Un très grand merci à M. Bordes, au Service Historique de Vincennes, à  l’E.C.P.A.D., à Google-Earth et pour tout ce qui concerne les chars à « Tanker » du site « pages 14-18 ».

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09 décembre 2009

Sergent Paul Monne (1891-1981).

                 Paul_Monne_

Paul est né le 13 février 1891 à Gruey-les-Surange, une petite commune vosgienne. À sa naissance, son père Jules était manœuvre et sa mère Denise Bouvinet exerçait la profession de brodeuse. 

Après avoir fait ses études à l’école communale de son village natal, puis à l’E.P.S. de Charmes, il est nommé instituteur à la verrerie de Portreux jusqu’au 30 septembre 1912. 

Paul Monne est incorporé le 12 octobre 1912 dans la 2e compagnie du 149e R.I.. Il en profite pour organiser des cours d’instruction générale aux illettrés de sa compagnie. Il suit en même temps, les cours des élèves caporaux. 

En janvier 1913, ce jeune homme effectue un stage à l’école normale de gymnastique de Joinville-le-Pont pour devenir titulaire du diplôme délivré par cette école. À la fin de ce stage, au début du mois d’avril 1913, il réintègre la 2e compagnie du 149e R.I. pour donner des leçons d’éducation physique. 

Il est nommé caporal en mai 1913, puis, il passe à la 4e compagnie du 149e R.I. avec le grade de sergent en septembre 1913. 

Durant le conflit, le sergent Monne a été blessé deux fois. La première blessure est reçue le 12 septembre 1914 dans le petit village de Souain, la seconde dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette le 9 mai 1915.

Cet homme ne retournera pas au front après cette deuxième blessure. Après avoir été soigné dans un hôpital de Rennes, il se consacre aussitôt à l’enseignement dans le lycée de cette ville durant sa convalescence Par la suite, il reprend son métier d’instituteur à l’école de Badménil-aux-Bois puis à celle de Gigney. Dans ce village Paul Monne fait la connaissance d’une institutrice, Marie Marthe Gabrielle Munier qui deviendra sa future femme. Il termine sa carrière d’enseignant à l’école de la bibliothèque d’Épinal. 

Monsieur Monne décède le 24 juin 1981 à Vandoeuvre. 

Citation obtenue : 

Citation à l’ordre du régiment n° 33 : 

« Excellent sous-officier, courageux et dévoué, blessé grièvement le 9 mai 1915, au moment où, en tête de sa section, il s’élançait à l’assaut des tranchées ennemies. Déjà blessé le 14 septembre 1914. »

Extrait certifié conforme. Aux armées, le 17 mai 1917. Le lieutenant-colonel Boigues commandant le 149e R.I.. 

Médaille militaire : Le 7 mars 1940. 

Chevalier de la Légion d’honneur : Le 21 juillet 1955. 

Chevalier du Mérite combattant. 

Officier des Palmes académiques. 

La plupart des informations concernant le sergent Paul Monne ont été données par son fils Gilbert Monne. 

Un grand merci à M. Bordes et à G. Monne.

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10 décembre 2009

Hémorragie garance...

                  Paul_Monne

 

Cinquante ans après les évènements le sergent Paul Monne témoigne…

 

Un très grand merci au Docteur Gilbert Monne qui m’autorise à reproduire ici les écrits de son père le sergent Paul Monne. Écrits qui parurent également dans le journal « Le Combattant Républicain Vosgien », à l’occasion du cinquantenaire des combats du mois d'août 1914.

 

Les premiers combats dans les Hautes-Vosges 
 

Wisembach, col de Sainte-Marie-aux-Mines, Renclos des Vaches.

 

                 Col_de_Sainte_Marie__Renclos_des_Vaches

  

Le samedi 8 août, dans l’après-midi, la 1ère compagnie du 31ebataillon de chasseurs à pied attaquait les Allemands au Renclos des Vaches, au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines, à gauche du col du même nom.

 

Les soldats allemands étaient installés dans des tranchées construites et aménagées au flanc de la montagne dans les chaumes du côté alsacien. Ils avaient profité de la période de transition  pendant laquelle les soldats français devaient rester dès la mobilisation générale, éloignés de 10 km de la frontière.

 

La mobilisation n’étant pas la guerre. En toute quiétude, les soldats allemands ont donc pu creuser et aménager les tranchées comme ils le désiraient. Bien installés, bien abrités, ils attendaient les assaillants. Leur champ de tir était excellent et les chasseurs à pied offraient une bonne cible. Aussi, dès que nos « vitriers » sortirent de la forêt pour s’élancer à l’attaque dans les chaumes, ils furent  accueillis par une violente fusillade qui en coucha un grand nombre.

Aucun chasseur ne put arriver à proximité de la tranchée. Bilan : 80 à 90 tués dont le capitaine Méry et de très nombreux blessés.Le lendemain, le 149e R.I. relève le 31e bataillon de chasseurs.

 

Dimanche 9 août 1914, le 149e R.I. était cantonné le 8 août à la croix-aux-Mines et dans les environs.

 

Le rassemblement se fit le 9 dès la  pointe du jour. À l’heure fixée, les soldats se mirent en route dans la direction de Ban-de-Laveline. La journée s’annonçait belle dans un ciel sans nuage et le soleil était déjà bien chaud, quand ils arrivèrent à Wisembach.  

 

                 Carte_4e_compagnie

 

                                      Legende_carte_4e_compagnie_

 

Plusieurs compagnies suivirent la route nationale qui conduit au col de Sainte-Marie-aux-Mines. La 4ecompagnie obliqua à gauche, traversa le village et suivit un chemin longeant le fond de la vallée, en direction de la forêt. Sur ce chemin, un chasseur à pied, blessé, se dirigeait vers Wisembach, accompagné d’un jeune garçon qui portait son fusil. Il n’adressa pas un seul mot aux soldats qu’il croisait et paraissait extrêmement fatigué et déprimé. Les soldats comprirent le soir même le pourquoi de cette attitude. Il semblait si triste et abattu.

 

La troupe était bien entendu, en tenue de campagne ; les fantassins portaient un pantalon de gros drap rouge, une grande capote de drap bleu, 120 cartouches, un sac bien garni avec un outil portatif, un bidon et un fusil.

 

 À environ 1 km du village, la 4ecompagnie quitta le chemin et obliqua à droite en direction de la forêt. À ce moment, l’ordre fut donné aux quatre sections de mettre baïonnette au canon et de faire l’ascension de la montagne en direction de la frontière. La montée fut longue, rude et pénible surtout sous un soleil ardent. Les soldats étaient exténués et s’ils avaient dû charger à la baïonnette, aucun n’aurait pu le faire.

 

                 Wisembach_2

 

 Après environ 1 h 30 à 2 heures de montée, la compagnie arriva à la frontière au but assigné et fit la sieste. La halte fut longue et par cette chaude journée, les soldats étaient heureux de se reposer, aussi presque tous se couchèrent sur le dos la tête sur le sac, qui leur servait d’oreiller. Ce lieu « le Renclos des Vaches», paraissait relativement calme. De temps en temps, cependant, des balles passaient en produisant un sifflement semblable à un petit miaulement. Dès que les soldats furent un peu remis de leur fatigue, quelques-uns se levèrent et essayèrent d’arracher les poteaux-frontière. Les sifflements devinrent plus fréquents mais n’impressionnaient nullement la troupe, car les balles passaient haut, bien au-dessus des hommes.

 

À un certain moment le commandant de Sury d’Apremont, chef du 1er bataillon, rassembla les officiers et sous-officiers de la 4ecompagnie. En utilisant au mieux le terrain, en se camouflant derrière les sapins, il les conduisit à flanc de coteau, face à celui occupé par les Allemands. Ils s’arrêtèrent et se cachèrent derrière des roches pour ne pas être vu de l’ennemi. Le commandant montra les tranchées occupées par les troupes allemandes, ainsi que les silhouettes en bois placées en avant, comme on se trouvait au champ de tir. De nouveau des balles passèrent au-dessus d’eux en produisant leur sifflement lugubre. Après quelques instants d’observation et de sages conseils de prudence de la part du chef de bataillon, les gradés rejoignirent la compagnie en prenant les mêmes précautions qu’à l’aller.

 

À ce moment, arrivait une patrouille d’une autre compagnie du 149e R.I., dont un soldat reconnut un gradé du même village ; ils parlèrent quelques instants puis rejoignirent leur poste.Le commandant rassembla à nouveau les gradés et leur dit, en indiquant la direction : « Un peu plus loin, vous allez trouverdes rochers, plus en avant, vous verrez à votre gauche, dans les chaumes, des chasseurs à pied qui ont été tués au combat. Le premier tué que vous verrez est un capitaine. Je compte sur vous pour les venger. » Et se fut tout. Le capitaine Altairac donna des ordres au lieutenant Genevoix. Celui-ci, commandant la première section, rassembla ses hommes et leur dit : « Dans dix minutes, un quart d’heure, nous les aurons, et en avant ! » Dès que les soldats allemands les aperçurent, ils déclenchèrent une violente fusillade. Cette fois on entendait plus les miaulements des balles, mais des claquements secs qu’elles produisaient en touchant et en traversant les sapins. Contrairement à ce qu’a dit le communiqué Joffre : " Devant nos charges à la  baïonnette, les Allemands ne s’enfuyaient pas à toutes jambes."

 

Quelques instants plus tard, le lieutenant était arrêté dans sa marche en avant et demanda du renfort. La 2e section partit aussitôt, puis la 3e, puis la 4e. Elles avancèrent par bonds successifs. Quand les soldats virent en passant sur leur gauche, les corps des chasseurs à pied tués, dispersés sur les chaumes, couchés la face contre terre, ils en furent très bouleversés.La fusillade devint de plus en plus vive et malgré cela, les sections avançaient toujours par petits bonds. À certain moment, au loin, une patrouille allemande se retira  et c’est alors que les Français redoublèrent d’activité par un feu bien nourri. Les allemands de leur côté, tiraient sans arrêt, aussi ce fut une terrible fusillade.

 

Comme le 31e bataillon de chasseurs à pied  la veille, la 4e compagnie du 149e R.I. s’était engagée dans la même souricière , prise sous les feux venant des trois directions, de l’avant, de la gauche et de la droite. Les soldats allemands, bien abrités dans leurs tranchées, avaient un champ de tir étendu et abattaient comme ils voulaient les pauvres pantalons rouges qui se trouvaient en rase campagne en terrain découvert sans le moindre abri.

 

La fusillade fut toujours très vive et ne ralentit pas un seul instant. Les pertes devenant de plus en plus lourdes, la compagnie dut stopper.

À ce moment un Saint-Cyrien donna l’ordre au sergent de la 4e section d’attaquer la tranchée allemande. Il devait s’élancer vers les chaumes, dans la direction indiquée.Ce sous-officier rassembla ses hommes, leur donna des ordres et leur dit : «  En avant ! suivez-moi ! » Le tir des fusils et des mitrailleuses devint plus violent. Après avoir fait un bond d’une vingtaine de mètres environ, ce gradé se coucha, se retourna pour voir arriver ses soldats. Aucun ne put le suivre. Il les vit debout, puis tomber atteints par les balles ennemies et les entendit appeler « maman, maman ». Que de cris, que d’appels désespérés lancés par les blessés ! Après cet essai de sortie, la fusillade crépitait encore avec plus d’intensité.

Ce sergent se trouva alors seul sur les chaumes, pas très loin de la tranchée allemande, n’osant bouger, craignant que l’ennemi ne tire sur lui. D’autre part,  il ne voulait pas rester à proximité de la tranchée, craignant d’être fait prisonnier. Il désirait rejoindre sa compagnie et ses camarades de combat.

Après quelques minutes de réflexions, il se déplaça en rampant. Il s’arrêta, puis de nouveau, avança  jusqu’au moment où, arrivé à proximité de la forêt, et malgré l’intensité du tir, il se mit debout, courut à toutes jambes et retrouva sa compagnie. Il n’avait pas été blessé et n’avait pas reçu la moindre égratignure. Mais que cet isolement lui parut long au milieu d’une fusillade aussi intense. Les quatre sections étaient stoppées et ne cherchaient plus à avancer car toutes avaient subi de lourdes pertes.

 

Le capitaine demanda du renfort. Les soldats qui sont venus pour dégager la compagnie se trouvèrent en pleine bataille ; ignorant, par manque de liaison que des soldats français se trouvaient en avant, ils ouvrirent le feu.

 

C’est alors que ceux de la 4ereçurent des balles de tous côtés, aussi bien de l’avant que de l’arrière et eurent des tués et des blessés par les balles françaises. Les chefs de section criaient de toutes leurs forces au capitaine qui se trouvait un peu en arrière avec ses agents de liaison : « Mais ne tirez donc pas sur nous ! » Après bien des efforts, la compagnie fut tout de même remplacée par une autre. Les rescapés purent alors se retirer en arrière sur le flanc de la montagne, à l’abri des balles, car la fusillade ne ralentissait pas. Il était peut-être 15 h 00, 16 h 00, aucune personne ne pensait au repas de midi, personne n’avait faim. Quand toutes les sections furent arrivées, le capitaine fit faire l’appel. Tous les présents constatèrent alors qu’il y avait de nombreux manquants, morts et blessés.

 

Le lieutenant Genevoix était blessé, ainsi que le Saint-Cyrien, plusieurs sous-officiers, les deux frères Daval, du Val-d’Ajol, tués, etc.

La fusillade était toujours très vive dans la direction des rochers. Aussi, après une bonne sieste, le capitaine reçut l’ordre de retourner au combat.

Les survivants de la compagnie furent placés en tirailleurs sur l’ancienne frontière, face à Sainte-Marie-aux-Mines.

 

Le commandant du bataillon, malgré l’intense fusillade, circulait debout auprès des soldats comme à la manœuvre. Le pauvre ne circula pas longtemps. Il reçut une balle au ventre et fut hospitalisé à Saint-Dié où il mourut, le lendemain 10 août.

 

La fusillade était toujours très vive, et la troupe était stationnaire, elle n’avançait plus et ne reculait plus. A un moment, où les soldats s’y attendaient le moins, ils entendirent les clairons allemands sonner la charge (ce sont les soldats alsaciens qui servaient dans l’armée française qui firent connaître la signification de cette sonnerie).

 

                  Photo_Marius_Dubiez_1914

 

Sans recevoir d’ordre les français tirèrent avec plus de rapidité, les mitrailleuses entrèrent en action et la fusillade avait atteint une telle intensité que les Allemands ne purent arriverjusqu’à nous et se retirèrent après avoir eux aussi subi de lourdes pertes. Ceci se passait déjà tard dans la soirée. Le capitaine fit déposer les sacs pour contre-attaquer.

 

Les clairons français sonnèrent le rassemblement puis la charge. Avec le tir des fusils et le tac-tac des mitrailleuses on entendait à peine les commandements. Les soldats des différentes compagnies étaient mélangés et beaucoup étaient complètement affolés, perdus et tiraient dans toutes les directions, aussi bien du côté ennemi que dans la direction des troupes françaises.

 

Les gradés furent obligés d’intervenir auprès des soldats, pour leur crier de tirer dans la direction de l’ennemi. Certains ne réagissaient pas et n’avaient pas l’air de comprendre.

À un moment donné, la situation fut critique ; heureusement que la nuit approchait. Le colonel Menvielle, commandant le régiment craignant sans doute une nouvelle charge de l’infanterie allemande, fit former le carré sautour du drapeau. Il fit sonner « Au drapeau » puis le rassemblement pour rappelerles égarés. Après cette formation en carré, la nuit vint et comme s’il y avait eu une entente avec les Allemands, la fusillade cessa brusquement.

Nous étions restés sur l’ancienne frontière, à l’endroit même où nous arrivions le matin. Chacun chercha son sac, mais comme il faisait nuit, personne ne put le trouver. Le combat ayant cessé, les soldats cherchèrent à redescendre vers Wisembach, mais comme il faisait nuit, il était impossible de faire un pas sans toucher un blessé qui criait de douleur ou un mort qui nous faisait tomber.

                 Wisembach_1

Beaucoup essayèrent de secourir des blessés, mais sans brancard, il fut impossible d’en transporter. Quel massacre ! Que de tués et de blessés ! Les pertes furent énormes et très supérieures à celle des chasseurs à pied ; on parlait de plusieurs centaines de tués. Pendant toute la nuit, les combattants errèrent dans la montagne, à la recherche du village de Wisembach. Ils craignaient de se tromper de direction et de descendre vers le versant alsacien pour être surpris par les Allemands.

Le lundi 10 août, les survivants se retrouvèrent à Wisembach. Ils parlèrent entre eux de ce qui s’était passé la veille et tous étaient stupéfaits d’avoir vécu une journée aussi terrible et de se retrouver vivants. « C’est cela la guerre ? S’il y a autant de pertes dans les prochains combats, la guerre ne durera pas longtemps. C’est impensable qu’il y ait eu autant de tués et de blessés ! Quelle journée et quel massacre ! »

 

Au cours de la matinée, le général Dubail est venu saluer le 149e R.I.et le féliciter pour son attitude courageuse au combat lors de son baptême du feu.

Comme le chasseur à pied blessé l’avant-veille, rencontré près du village, les rescapés de cette bataille étaient bien déprimés. Ils restèrent là quelques jours avant de partir vers Lubine, le col d’Urbès, le Climont, vers de nouveaux combats.

 

Bataille de Saint-Blaise.

 

                  Groupe_149e_R

 

Le 14 août 1914, le 149eR.I. venant de Provenchères-sur-Fave se dirigea sur Saales. Au cours de la traversée de cette ville, il fut très applaudi par la population qui avait abondamment pavoisé de drapeaux tricolores (Saales était avant 1870 un chef-lieu de canton du département des Vosges. Il a été annexé à l’Allemagne au traité de Francfort). La troupe suivit la route nationale en direction de Schirmeck.

 

Après avoir parcouru plusieurs kilomètres, le 2e bataillon changea de direction et obliqua à droite. La 4e compagnie qui marchait en tête du 1erbataillon, suivit la route nationale.

À un certain moment, le général Pillot qui se tenait debout sur le côté de la route, donna l’ordre aux soldats de s’arrêter. Il les fit descendre dans le fossé en leur demandant de s’appuyer contre le talus qui était d’ailleurs très haut à cet endroit. Tous se posèrent la question. Pourquoi cet arrêt ? Cette halte ? Après une demi-heure, trois quarts d’heure d’attente, des obus de gros calibre passèrent au-dessus d’eux en produisant un sifflement grave et saccadé pour allertomber beaucoup plus loin, à plusieurs kilomètres vers Plaine.

Parallèlement au 149e R.I., le 109eR.I. descendait la vallée de la Bruche, mais sur la rive gauche. La journée était ensoleillée, aussi l’artillerie allemande placée sur les hauteurs des environs de Saint-Blaise en direction de Saales à Diespach exactement, l’aperçut et ouvrit aussitôt le feu.

 

Les obus de 77 éclatèrent juste au-dessus des soldats du 109eR.I., mais à une grande hauteur, ce qui rendait les fusants moins meurtriers. C’est la première fois que nous entendions le canon, et apercevions dans le ciel des petits nuages blancs, ronds, produit par l’éclatement des obus. Néanmoins, beaucoup de soldats tombèrent et les pantalons rouges s’apercevaient de loin.

 

Les soldats de la 4e compagnie observaient ce qui se passait sans pouvoir porter le moindre secours.

 

L’artillerie française à son tour riposta et ouvrit le feu. Les soldats du 109eR.I. couchés que l’on croyait ou blessés ou tués, commencèrent à se relever l’un après l’autre, si bien qu’au bout de quelques instants on n’en apercevait plus sur le sol, ce qui laissa supposer que les pertes furent minimes. L’artillerie allemande ayant repéré une batterie de 75 vers Plaine, la bombarda et la mit hors de combat ce qui nous causa une grande émotion.

 

Plus tard, les autres batteries françaises placées dans les environs ouvrirent de nouveau le feu avec tir rapide qui dura peut-être une demi-heure. Nous avons appris le lendemain qu’elles avaient repéré les batteries allemandes et les avaient mis hors de combat. Le général Pillot, ayant jugé d’après les renseignements recueillis par l’état major que nous pouvions poursuivre notre marche en avant sans risque d’être bombardé, fit avancer la compagnie.

 

Le capitaine Altairac en tête suivit la route nationale, puis pénétra dans une forêt à droite de la route et fit faire la sieste aux hommes. Un capitaine d’artillerie arriva et lia conversation avec le capitaine Altairac. L’exécution de l’ordre se fit exactement comme il avait été prévu. Les hommes de la patrouille avancèrent par signaux du chef de section. Ils se seraient cru en manœuvre et non à la guerre, car ils ne reçurent pas un seul coup de feu. Les officiers la suivaient à la jumelle. Au bout d’un certain temps, tous les soldats arrivèrent à quelques mètres du taillis. Ce fut le moment pathétique.

 

Qu’allait-il arriver ? Le chef de section cria « Debout ! En avant à la baïonnette ! » Tous pénétrèrent et constatèrent qu’il n’y avait pas d’Allemands. Quelle chance et quel soulagement ! Sa mission terminée, la patrouille rejoignit le capitaine et la compagnie.

 

Dans la direction de Saint-Blaise la fusillade était très vive. Après quelques moments de repos, le capitaine indiqua que nous devions nous rendre dans la direction d’un petit bois de jeunes sapins qui se trouvait sur l’autre rive de la Bruche. Après avoir reconnu l’endroit où nous devions nous rendre, la troupe traversa la route nationale, les prairies et traversèrent la Bruche à gué avec environ 60 cm d’eau, puis peu après arrivèrent au bosquet de sapins où la fusillade était très intense.

 

La 4ecompagnie arriva juste après le commandant Tabouis, chef du 1er bataillon de chasseurs à pied. Il était couché, appuyé sur le côté, et abrité contre le talus, derrière les sapins avec les agents de liaison parmi lesquels se trouvait un nommé Launois de Senones, classe 1910, qui avait accompli son service militaire à la 4e compagnie du 149eR.I.. Le commandant Tabouis, devenu plus tard général, nous recommanda à tous de nous coucher, de nous abriter et surtout de ne pas chercher à avancer « Restez là et attendez », ajouta t-il.

 

La fusillade était toujours très vive et comme au   Renclos des Vaches et à Sainte-Marie-aux-Mines, les balles claquèrent en touchant et en pénétrant dans les sapins. Au moment donné, un agent de liaison vint trouverle commandant et lui dit : « Mon commandant, les Allemands se rendent. Ils ont placé des drapeaux blancs aux fenêtres des maisons. Dès que les chasseurs s’approchent pour les capturer une mitrailleuse placée dans le cloche rentre en action ». Le commandant le remercia et ne dit plus rien. Il communiqua certainement ces renseignements à l’état major et l’ordre fut donné à l’artillerie d’intervenir. C’est alors que les 75 tirèrent sur le clocher et la mitrailleuse fut bientôt hors de combat.

 

Cette fois la troupe put avancer et capturer 1800 à 2000 prisonniers. Ils furent gardés par les chasseurs à pied.

 

Comme il commençait à faire nuit, la 4ecompagnie avait comme cantonnement une usine de textile, et les soldats couchèrent sur les balles de coton déliées.

 

Le 15 août, dès la pointe du jour les soldats sortirent de leur dortoir passager, avec des capotes parsemées de coton. Que de mal ils eurent pour l’enlever. Les soldats avançaient lentement et s’arrêtaient fréquemment, il ne fallait progresser que prudemment pour éviter des attaques surprises. Malgré l’heure matinale, le soleil était déjà bien chaud, et les soldats se déplaçaient bien lentement, quand arriva un arrêt prolongé. On donna ensuite l’ordre d’avancer, la marche devint normale et tous étaient surpris d’une telle accalmie.

 

Nous arrivons alors à Diespach et passons devant l’école transformée en infirmerie et occupée par des infirmiers de l’armée allemande.

 

Nous nous arrêtons longtemps pendant plusieurs heures. C’est alors que le sergent Baudoin de la 4e compagnie dit à un autre sous-officier : « Les chasseurs à pied viennent de trouver un drapeau allemand, si j’étais arrivé quelques minutes plus tôt, c’est moi qui l’aurais eu ».

 

Une patrouille du 1erbataillon de chasseurs s’assurait que les ennemis n’étaient pas cachés derrière les maisons ou dans les environs, lorsqu’une dame les appela et leur dit : « Ils (les soldats allemands) ont caché quelque-chose dans le foin ». Aussitôt ceux-ci montèrent sur le tas de foin, cherchèrent et trouvèrent le drapeau allemand.

 

Voilà les précisions exactes qui indiquent comment fut trouvé le drapeau bavarois (En fait ce drapeau n'était pas Bavarois).

 

Très probablement dans la ferme Niargoutte celle-ci portant une plaque commémorative concernant la prise de l’emblème en question.

 

Les soldats du 149e R.I. visitèrent ensuite le champ de bataille et se rendirent auprès d’une batterie dont les pièces avaient été abandonnées. Ils s’approchèrent ensuite des tranchées, mais les blessés allemands tirèrent sur eux. Les soldats se retirèrent alors et les abandonnèrent aux infirmiers allemands. Dans ces mêmes moments, un « taube» passa au-dessus d’eux mais à une très haute altitude. C’est alors que les soldats se demandèrent s’il allait laisser tomber des fléchettes qui pouvaient traverser le corps d’un homme de haut en bas. Tous avaient entendu parler des fléchettes mais tous ignoraient si celle-ci lancées par les avions français ou les avions allemands.

 

Les canons pris (une vingtaine) furent exposés le lendemain Saint-Blaise et ensuite emmenés dans la direction de Saales. Ces journées mémorables ont joué un grand rôle sur le moral de la troupe. Chaque année, les bataillons de chasseurs à pied fêtent la « prise » de ce drapeau.Cette année à l’occasion du cinquantenaire cet anniversaire sera fêté avec un éclat tout particulier paraît-il !

 

La bataille de la Chipotte.

 

La commémoration du cinquantenaire de la bataille de la Chipotte aura lieu officiellement le dimanche 30 août à 15 h 00. La préparation de cette cérémonie a déjà été ébauchée, étudiée. Certainement le comité d’organisation fera appel aux survivants de la Grande Guerre qui ont participé à cette bataille dans le même esprit que les résistants qui ont participé au 30eanniversaire de la Libération.

 

Il sera soucieux d’honorer la mémoire des disparus et de rendre un juste hommage aux combattants rescapés. Il est inutile de rappeler les péripéties de cette bataille, celles-ci ayant été développées avec précision par le colonel Leboubé. Je crois néanmoins  qu’il est nécessaire de rappeler dans quelles conditions et avec quelle endurance les troupes épuisées de fatigue ont dû lutter avec tant d’ardeur.

 

Le 21eCorps d’Armée qui comptait beaucoup de Vosgiens et de nombreux Parisiens, était de la partie. Après la bataille de Saint-Blaise-la-Roche le 14 août où les Allemands subirent une sanglante défaite, les soldats du 149e R.I. cantonnèrent à flanc de coteau dans les villages de la rive droite de la Bruche.

Après deux jours d’accalmie, le 149e R.I.quitta ce dernier cantonnement avant le lever du jour pour se rendre à proximité de Saint-Quirin en passant par Schirmeck, le col du Donon.

 

Les soldats porteurs de tout leur chargement, sac, cartouches, fusil et toujours vêtus de leur grosse capote de drap, parcoururent à pieds cette distance d’environ 65 km. Beaucoup ne purent suivre que très difficilement et arrivés en pleine nuit dans une forêt de sapins, tous se couchèrent exténués de fatigue sans manger, car le ravitaillement ne suivait pas.

 

Le lendemain matin ces soldats marchèrent vers Saint-Quirin puis vers Abreschviller. Dès que le soleil apparut, la première compagnie partit faire toilette dans la Sarre, la deuxième prit ensuite sa place, puis la troisième. Les hommes de cette compagnie étaient à peine déshabillés qu’un ordre arriva demandant de se tenir prêt à combattre car les Allemands avançaient.

 

L’artillerie se mit alors en batterie et la 4e compagnie du 149eR.I. fut placée comme soutien d’artillerie à 200 – 250 m des pièces et dans leur prolongement. Les 75 tirèrent, puis les 77 allemands ripostèrent, les fantassins se trouvèrent alors entre deux feux. Une saucisse d’observation fit son apparition à droite de Sarrebourg et le duel d’artillerie devint alors plus violent.

 

À un certain moment, la fusillade crépita avec intensité et ce bruit mêlé au départ et à l’éclatement d’obus produisit un grondement infernal. C’est alors qu’un officier, sabre au clair fit  sonner la charge à ses clairons et nous entraîna avec lui à l’assaut de la colline. Arrivés en haut, le capitaine commanda un feu de salve. Par manque de liaison nos balles allaient frapper les soldats français de l’infanterie coloniale. Aussi, après avoir tiré 3 cartouches le capitaine ordonna le « Cessez le feu ».

Au cours de cette charge et du combat qui suivit, il y eut de nombreux tués et blessés dont de nombreux spinaliens. Quelques-uns furent même prisonniers car il fallut ensuite battre en retraite en combattant à travers la forêt même la nuit et sans ravitaillement. Le sac et l’armement étaient bien lourds, aussi tous les soldats étaient extrêmement fatigués puisqu’ils n’avaient pas de repos. Ils marchaient comme des automates dans une direction imprécise un peu à l’aventure. La troupe passa à Saussenrupt, près de Cirey, Val-et-Chatillon, Raon-l’Etape, Etival et le 23 août arriva au col de la Chipotte toujours en combattant.

Après un arrêt assez long, une patrouille se dirigea sur le chemin de Thiaville, fouilla une ferme et fit prisonnier un médecin major allemand. Celui-ci fut ramené au col pour être conduit à l’état-major. Il parlait un français très correct avec les capitaines Altairac de la 4e compagnie et Crepet de la 2e compagnie.

Le 1er bataillon s’installa au col et y passa la nuit. Le matin du 24 août, dès la pointe du jour, la 4e compagnie reprit la direction de Thiaville et suivit le chemin utilisé la veille. Le capitaine installa la grande garde et envoya une dizaine de soldats commandés par un sous-officier en petit poste plus en avant avec défense de livrer combat. Dès l’arrivée de la patrouille allemande le petit poste devait se retirer sur la grande garde. Des habitants de Ménil fuyaient en direction des troupes allemandes malgré les conseils donnés par le chef du petit poste.

Un chasseur à cheval du 4e régiment vint jusqu’à nous, puis repartit au galop en direction du col sans avoir voulu s’engager plus en avant.

La patrouille allemande fut aperçue par une de nos sentinelles qui malgré l’ordre tira sur elle. Aussitôt la fusillade s’étendit partout et la bataille commença.

Le chef de poste de la 4e compagnie rassembla ses hommes pour rejoindre le capitaine et la grande garde mais ne trouva plus personne. C’est alors qu’après bien des péripéties, qu’après bien des heurts, les soldats arrivèrent à rejoindre leurs camarades de combat et purent alors à plusieurs reprises attaquer les Allemands à la baïonnette.

Il fallait les voir ces soldats s’élancer courageusement à l’attaque malgré les grandes fatigues des journées précédentes et réussir d’arrêter l’avance ennemie. Ce courage exemplaire méritait d’être rappelé et signalé aux jeunes générations et j’ajouterai que ces braves soldats n’ont pas obtenu de citation ni de décoration pour leur magnifique attitude au feu.

Le 21eC.A. remplacé par un autre corps d’armée fut dirigé vers le camp de Mailly pour participer à la bataille de la Marne. Les fantassins de la Chipotte ont dû à nouveau effectuer de longues et pénibles marches de jour et de nuit et livrer de durs combats.

C’est pourquoi comme je le proposais au début de ce récit par reconnaissance, les rescapés de cette bataille de col de la Chipotte devraient avoir une plaque d’honneur au cimetière, même ce jour là, 30 août et proposer un ruban tricolore épinglé à leur boutonnière pour les distinguer. Ils devraient être présents le 30 août comme les résistants sont présents à la fête commémorative des combats des maquis. Le conseil général ayant voté des crédits pour commémorer dignement ce cinquantième anniversaire, il faut espérer que le comité d’organisation pourra mettre gratuitement un car à la disposition des survivants qui désirent assister à la cérémonie de la Chipotte le 30 août 1964.

 P. Monne

Ancien combattant à la Chipotte.

Sergent.

Chef de section, 4e compagnie du 149e R.I..

Président de la fédération des Vosges des combattants républicains, vice-président de l’U.F.A.C..

 

 

Un très grand merci à  G. Monne et à P. Blateyron.

 

Référence bibliographique :

"La guerre 1914-1918 à l'est de Saint-Dié" de Jean Foussereau, Janine Foussereau et Jean-Paul Baradel aux éditions Jérôme Do Bentzinger Editeur. 2007.

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23 décembre 2009

Alsace (1917).

                  Alsace_Sergent_Biehler

Nouvel extrait des souvenirs de Louis Cretin soldat musicien au 149e R.I.

En Alsace 1917…

Le 14 janvier 1917, je quitte l’H.O.E. de Bussang et je viens retrouver le régiment et les copains qui sont cantonnés à Arpenans, situé à une douzaine de kilomètres de Lure (Haute-Saône). La fin du mois se passe à cet endroit. Il fait très froid.  Le pain est gelé, le pinard aussi. Les pistons d’instruments également. Il faut constamment souffler dedans pour pouvoir jouer, surtout les matins au réveil en musique. Le 1er février  à 6 h 00, nous partons à pied pour aller cantonner à Ronchamp. Le lendemain matin, nous remettons le sac au dos et de nouveau en route. Il fait un froid de Sibérie,  - 21 degrés, les glaçons pendent à la moustache et la marche est pénible en raison de la route gelée. Les chevaux glissent, les voitures restent en panne, les bidons sont des morceaux de glace intérieurement. Vers midi, nous atteignons un faubourg de Belfort, c’est la grande Halte mais sans manger,  la roulante n’est pas arrivée. Ensuite nous défilons dans la ville. Le soir nous atteignons Chèvremont complètement éreintés (bon accueil des habitants).

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Le 3 février, nouvelle marche. Nous traversons Suarce, et à 16 h 00, nous passons la frontière où nous faisons défiler le régiment à une cadence ralentie en raison du verglas. Le soir nous cantonnons à Friésen, un village de la Haute-Alsace occupé par nos troupes depuis le début de la guerre. Pendant ces trois jours de marche, nous avons fait environ 100 km. Du 4 au 24 février, les compagnies vont faire des travaux de seconde ligne à Largitzen et dans les environs de Seppois. Nous, nous faisons nos répétitions journalières. Le 25 février, un nouveau chef de musique arrive pour remplacer Monsieur Porte l’ancien évacué dans la Somme. Jusqu’au 18 mars, rien de particulier à signaler. Le 19 mars, nous partons à pied de Friésen. Nous passons l’ancienne frontière et le soir nous cantonnons à Jonchery. Le 21 mars, nouveau déplacement, mais de nuit. Nous traversons Delle, puis longeons la frontière Suisse. Garden_PartyLe matin du 22 mars, nous sommes en vue de Montbéliard et couchons à Sainte-Marie, 10 km plus loin. Cette étape fut longue de 40 km, en arrivant, nous étions fatigués, néanmoins nous faisons concert. Le lendemain, nous remettons cela, l’entrainement devient sérieux, nous sommes las de marcher, de plus la route est défoncée, il neige. Après une vingtaine de kilomètres, nous atteignons Villersexel où nous y demeurons jusqu’au 7 avril. Pendant que les compagnies sont à l’entrainement et « bouffent » de l’exercice sans arrêt, nous ne chômons pas non plus. Répétitions, concerts, défilés, théâtres. Les jours passent sans avoir le temps long. Le 7 avril, départ pour aller à Arcey. Le 8, départ d’Arcey pour Exincourt. Le 9, jour de Pâques, nous allons faire concert à Montbéliard (la foule nous fait un magnifique succès). Le 10 nous quittons Exincourt et nous arrivons à Granvillars, où nous restons le 11. Des bruits de départ circulent. Le 12, dans la nuit, des ordres d’embarquement arrivent. Nous prenons le train à Montbéliard. Nous passons à Belfort, Lure, Aillevillers, Epinal (où nous descendons pour exécuter deux pas redoublés sur le quai de la gare. C’était notre ville de garnison). Nous continuons le trajet par Darnieulles, Mirecourt, Neufchâteau, Gondrecourt, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Sézanne, Esternay. Montmirail pour débarquer à Artonges. Nous allons cantonner à Viffort, nous y restons le 15. Le 16, départ pour Chezy-sur-Marne. Le 17, repos.

Th_atre_du_149e_RLe  18 départ pour Viels-Maisons où nous y restons jusqu’au 23. Le 24 nous le quittons, nous traversons Nogent-l’Artaud et Charly (quatre kilomètres au pas cadencé en jouant sans arrêt et le soir nous sommes à Bourèches. Repos jusqu’au 27. Le 28, cantonnement à  Belleau, je vais demander au chef ma permission de détente à laquelle j’ai droit. Il me l’accorde non sans peine. Je veux arriver chez nous avant le départ de mon frère (classe 1918) qui doit quitter le 1er mai pour se rendre à son dépôt.

 J’arrive avant son départ, lui fait quelques recommandations, et les larmes aux yeux, je quitte à mon tour ma mère et ma sœur laissées seules. Le 12 mai pour aller retrouver le régiment demeuré à Belleau. Nous y restons jusqu’au 18 où nous allons à Oulchy-Breny. Le 19 à Murrey. Les 20 et 21, repos. Dans le lointain, le canon gronde sans arrêt. Le 22 on vient cantonner à  Ciry-Salsogne. Les bataillons montent successivement organiser le terrain conquis par notre offensive du mois d’avril.

 

Un grand merci à J. Baptiste, D. Browarsky, T. de Chomereau et T. Cornet.

Références bibliographiques :

Souvenirs de Louis Cretin au 149e R.I..

Historique du 149e R.I. Editions imprimerie Klein 1919.

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